Clé d'Hermès, Salomon
Clé d'hermès ou de Salomon++++
La clef universelle des arts magiques, c'est la clef de tous les anciens dogmes religieux, la clef de la kabbale et de la Bible, la clavicule de Salomon.
Or, cette clavicule ou petite clef, qu'on croyait perdue depuis des siècles, nous l'avons retrouvée, et nous avons pu ouvrir tous les tombeaux de l'ancien monde, faire parler les morts, revoir dans toute leur splendeur les monuments du passé, comprendre les énigmes de tous les sphinx et pénétrer dans tous les sanctuaires.
L'usage de cette clef, chez les anciens, n'était permis qu'aux seuls grands prêtres, et on n'en confiait pas même le secret à l'élite des initiés. Or, voici ce qu'était cette clef.
C'était un alphabet hiéroglyphique et numéral exprimant par des caractères et par des nombres une série d'idées universelles et absolues ; puis une échelle de dix nombres multipliés par quatre symboles et reliés ensemble par douze figures représentant les douze signes du zodiaque, plus quatre génies, ceux des quatre points cardinaux.
La quaternaire symbolique, figuré dans les mystères de Memphis et de Thèbes par les quatre formes du sphinx, l'homme, l'aigle, le lion et le taureau, correspondait avec les quatre éléments du monde antique figurés : l'eau, par la coupe que tient l'homme ou le verseau ; l'air, par le cercle ou nimbe qui entoure la tête de l'aigle céleste ; le feu, par le bois qui l'alimente, par l'arbre que la chaleur de la terre et celle du soleil font fructifier, par le sceptre enfin de royauté, dont le lion est l'emblème ; la terre, par le glaive de Mithra, qui immole tous les ans le taureau sacré et fait couler avec son sang la sève qui gonfle tous les fruits de la terre.
Or, ces quatre signes, avec toutes leurs analogies, sont l'explication du mot unique caché dans tous les sanctuaires, du mot que les bacchantes semblaient deviner dans leur ivresse lorsqu'en célébrant les fêtes d'Iacchos elles s'exaltaient jusqu'au délire pour Io Évohé ! Que signifiait donc ce mot mystérieux ? C'était le nom des quatre lettres primitives de la langue mère : le Jod, symbole du cep de vigne ou du sceptre paternel de Noé ; le Hé, image de la coupe des libations, signe de la maternité divine ; le Vau, qui unit ensemble les deux signes précédents, et avait pour figure dans l'Inde le grand et mystérieux lingam. Tel était, dans le mot divin, le triple signe du ternaire ; puis la lettre maternelle paraissait une seconde fois pour exprimer la fécondité de la nature et de la femme, pour formuler aussi le dogme des analogies universelles et progressives descendant des causes aux effets et remontant des effets aux causes. Aussi le mot sacré ne se prononçait-il pas ; il s'épelait et se disait en quatre mots, qui sont les quatre mots sacrés : Jod Hé Vau Hé.
Le savant Gaffarel ne doute pas que les théraphim des Hébreux, au moyen desquels ils consultaient les oracles de l'urim et du thumim n'aient été les figures des quatre animaux de la kabbale, dont les symboles étaient résumés, comme nous le dirons bientôt, par les sphinx ou chérubins de l'arche. Mais il cite à propos des théraphim usurpés de Michas, un curieux passage de Philon le Juif qui est toute une révélation sur l'origine ancienne et sacerdotale de nos tarots. Voici comment Gaffarel s'exprime : « Il dit donc — Philon le Juif — parlant de l'histoire cachée dans le chapitre susdit des Juges, que Michas fit de fin or et argent trois figures de jeunes garçons et trois jeunes veaux, autant d'un lion, d'un aigle, d'un dragon et d'une colombe : de façon que si quelqu'un l'allait trouver pour savoir quelque secret touchant sa femme, il interrogeait la colombe ; si touchant ses enfants, par le jeune garçon ; si pour des richesses, par l'aigle ; si pour la force et la puissance, par le lion ; si pour la fécondité, par le chérub ou veau ; si pour la longueur des jours et des ans, par le dragon. » Cette révélation de Philon, bien que Gaffarel en fasse peu de cas, est pour nous de la plus haute importance. Voici en effet notre clef du quaternaire, voici les images des quatre animaux symboliques qui se trouvent à la vingt et unième clef du tarot, c'est-à-dire au troisième septénaire, répétant ainsi trois et résumant tout le symbolisme qu'expriment les trois septénaires superposés ; puis l'antagonisme des couleurs, exprimé par la colombe et le dragon ; le cercle ou ROTA, formé par le dragon ou le serpent pour exprimer la longueur des jours ; enfin la divination kabbalistique du tarot tout entière, telle que la pratiquèrent plus tard les Égyptiens bohèmes, dont les secrets furent devinés et retrouvés imparfaitement par Etteila.
On voit dans la Bible que les grands prêtres consultaient le Seigneur sur la table d'or de l'arche sainte, entre les chérubs ou sphinx à corps de taureau et à ailes d'aigle, et qu'ils consultaient à l'aide des théraphim, par l'urim, par le thumim et par l'éphod. L'éphod était, comme on sait, un carré magique de douze nombres et de douze mots gravés sur des pierres précieuses. Le mot théraphim, en hébreu, signifie hiéroglyphes ou signes figurés ; l'urim et le thumim, c'était le haut et le bas, l'orient et l'occident, le oui et le non, et ces signes correspondaient aux deux colonnes du temple Jakin et Bohas. Lors donc que le grand prêtre voulait faire parler l'oracle, il tirait au sort les théraphim ou lames d'or qui portaient les images des quatre mots sacrés, et les plaçait trois par trois autour du rational ou éphod, entre l'urim et le thumim, c'est-à-dire entre les deux onyx qui servaient d'agrafes aux chaînettes de l'éphod. L'onyx de droite signifiait Gédulah ou miséricorde et magnificence ; l'onyx de gauche se rapportait à Géburah et signifiait justice et colère, et si, par exemple, le signe du lion se trouvait près de la pierre où était gravé le nom de la tribu de Juda du côté gauche, le grand prêtre lisait ainsi l'oracle : « La verge du Seigneur est irritée contre Juda. » Si le théraphim représentait l'homme ou la coupe et qu'il se trouvât également à gauche, près de la pierre de Benjamin, le grand prêtre lisait : « La miséricorde du Seigneur est lasse des offenses de Benjamin, qui l'outrage dans son amour. C'est pourquoi il va épancher sur lui la coupe de sa colère », etc. Lorsque le souverain sacerdoce cessa en Israël, quand tous les oracles du monde se turent en présence du Verbe fait homme et parlant par la bouche du plus populaire et du plus doux des sages, quand l'arche fut perdue, le sanctuaire profané et le temple détruit, les mystères de l'éphod et des théraphim, qui n'étaient plus tracés sur l'or et les pierres précieuses, furent écrits ou plutôt figurés par quelques sages kabbalistes sur l'ivoire, sur le parchemin, sur le cuir argenté et doré, puis enfin sur de simples cartes, qui furent toujours suspectes à l'Église officielle, comme renfermant une clef dangereuse de ses mystères. De là sont venus ces tarots dont l'antiquité, révélée au savant Court de Gébelin par la science même des hiéroglyphes et des nombres, a tant exercé, plus tard, la douteuse perspicacité et la tenace investigation d'Etteila.
Court de Gébelin, dans le huitième volume de son Monde Primitif, donne la figure des vingt-deux clefs et des quatre as du Tarot, et en démontre la parfaite analogie avec tous les symboles de la plus haute Antiquité ; il essaie ensuite d'en donner l'explication et il s'égare naturellement, parce qu'il ne prend pas pour point de départ le tétragramme universel et sacré, Le Io Évohé des bacchanales, le Jod Hé Vau Hé du sanctuaire, le de la kabbale.
Nous avons retrouvé intacte et ignorée encore cette clef de tous les dogmes et de toutes les philosophies de l'ancien monde. Je dis une clef, et c'en est véritablement une, ayant le cercle des quatre décades pour anneau, et pour tige ou pour corps l'échelle des vingt-deux caractères, puis pour tournant les trois degrés du ternaire, comme l'a compris et figuré Guillaume Postel dans sa Clef des choses cachées depuis le commencement du monde, clef dont il indique ainsi le nom occulte et connu des seuls initiés :
mot qui peut se lire ROTA, et qui signifie la roue d'Ézéchiel, ou TAROT, et alors il est synonyme de l'Azoth des philosophes hermétiques. C'est un mot qui exprime kabbalistiquement l'absolu dogmatique et naturel ; il est formé des caractères du monogramme du Christ, suivant les Grecs et les Hébreux. L'R latine ou le P grec se trouve au milieu, entre l'alpha et l'oméga de l'Apocalypse ; puis le Tau sacré, image de la croix, enferme le mot tout entier, comme nous l'avons représenté dans notre Dogme.
Sans le tarot, la magie des anciens est un livre fermé pour nous, et il est impossible de pénétrer aucun des grands mystères de la kabbale. Le tarot seul donne l'interprétation des carrés magiques d'Agrippa et de Paracelse, comme on peut s'en convaincre en formant ces mêmes carrés avec les clefs du tarot et en lisant les hiéroglyphes qui se trouveront ainsi rassemblés.
Voici les sept carrés magiques des génies planétaires suivant Paracelse :
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Correspond lettre hébreu et tarot
Telles sont les vingt-deux clefs du tarot, qui en expliquent tous les nombres. Ainsi le Bateleur, ou clef des unités, explique les quatre as avec leur quadruple signification progressive dans les trois mondes et dans le premier principe. Ainsi l'as de denier ou de cercle, c'est l'âme du monde ; l'as d'épée, c'est l'intelligence militante ; l'as de coupe, c'est l'intelligence aimante ; l'as de bâton, c'est l'intelligence créatrice ; ce sont aussi les principes du mouvement, du progrès, de la fécondité et de la puissance. Chaque nombre, multiplié par une clef, donne un autre nombre qui, expliqué à son tour par les clefs, complète la révélation philosophique et religieuse contenue dans chaque signe. Or, chacune des cinquante-six cartes peut se multiplier par les vingt-deux clefs tour à tour ; il en résulte une série de combinaisons donnant tous les résultats les plus surprenants de révélation et de lumière. C'est une véritable machine philosophique qui empêche l'esprit de s'égarer, tout en lui laissant son initiative et sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l'absolu, c'est l'alliance du positif à l'idéal, c'est une loterie de pensées toutes rigoureusement justes comme les nombres, c'est enfin peut-être ce que le génie humain a jamais conçu tout à la fois de plus simple et de plus grand.
La manière de lire les hiéroglyphes du tarot, c'est de les disposer soit en carré, soit en triangle, en plaçant les nombres pairs en antagonisme et en les conciliant par les impairs. Quatre signes expriment toujours l'absolu dans un ordre quelconque, et s'expliquent par un cinquième. Ainsi la solution de toutes les questions magiques est celle du pentagramme, et toutes les antinomies s'expliquent par l'harmonieuse unité.
Disposé ainsi, le tarot est un véritable oracle, et répond à toutes les questions possibles avec plus de netteté et d'infaillibilité que l'androïde d'Albert le Grand : en sorte qu'un prisonnier sans livres pourrait, en quelques années, s'il avait seulement un Tarot dont il saurait se servir, avoir acquis une science universelle, et parlerait de tout avec une doctrine sans égale et une éloquence inépuisable. Cette roue, en effet, est la véritable clef de l'art oratoire et du grand art de Raymond Lulle ; c'est le véritable secret de la transmutation des ténèbres en lumière, c'est le premier et le plus important de tous les arcanes du grand œuvre.
Au moyen de cette clef universelle du symbolisme, toutes les allégories de l'Inde, de l'Égypte et de la Judée deviennent claires ; l'Apocalypse de Saint Jean est un livre kabbalistique dont le sens est rigoureusement indiqué par les figures et par les nombres de l'urim, du thumim, des théraphim et de l'éphod, tous résumés et complétés par le Tarot ; les sanctuaires antiques n'ont plus de mystères, et l'on comprend pour la première fois la signification des objets du culte des Hébreux. Qui ne voit, en effet, dans la table d'or, couronnée et supportée par des chérubins, qui couvrait l'arche d'alliance et servait de propitiatoire, les mêmes symboles que dans la vingt et unième clef du Tarot ? L'arche était un résumé hiéroglyphique de tout le dogme kabbalistique, elle contenait le jod ou le bâton fleuri d'Aaron, le thé ou la coupe, le gomor, contenant la manne, les deux tables de la loi, symbole analogue à celui du glaive de justice, et la manne contenue dans le gomor, quatre choses qui traduisent merveilleusement les lettres du tétragramme divin.
Gaffarel a prouvé savamment que les chérubins, ou chérub de l'arche, étaient en figures de veaux ; mais ce qu'il a ignoré, c'est qu'au lieu de deux, il y en avait quatre, deux à chaque extrémité, comme le dit expressément le texte, mal entendu à cet endroit par la plupart des commentateurs.
Ainsi, aux versets 18 et 19 de l'Exode, il faut traduire de cette manière le texte hébreu :
« Tu feras deux veaux ou sphinx d'or travaillés au marteau de chaque côté de l'oracle. Et tu les placeras l'un tourné d'un côté, l'autre de l'autre. »
Les chérub ou sphinx étaient en effet, accouplés par deux de chaque côté de l'arche, et leurs têtes se retournaient aux quatre coins du propitiatoire, qu'ils couvraient de leurs ailes arrondies en voûte, ombrageant ainsi la couronne de la table d'or, qu'ils soutenaient sur leurs épaules, et se regardant l'un l'autre par les coupes et regardant le propitiatoire.
l'arche d'alliance
L'arche avait ainsi trois parties ou trois étages, représentant Aziluth, Jezirah et Briah, les trois mondes de la kabbale : la base du coffre, à laquelle était adaptés les quatre anneaux des deux leviers analogues aux colonnes du temple Jakin et Bohas ; le corps du coffre, sur lequel ressortait en relief celui des sphinx, et le couvercle, ombragé par les ailes des sphinx. La base représentait le royaume du sel, pour parler le langage des adeptes d'Hermès ; le coffre le royaume du mercure ou de l'azoth, et le couvercle le royaume du soufre ou du feu. Les autres objets du culte n'étaient pas moins allégoriques, mais il faudrait un ouvrage spécial pour les décrire et les expliquer.
Saint Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et la nature, a suivi, comme nous l'avons dit, la division du Tarot, et donne sur les vingt-deux clefs un commentaire mystique assez étendu ; mais il se garde bien de dire où il a pris le plan de son livre et de révéler les hiéroglyphes qu'il commente. Postel a eu la même discrétion, et, en nommant seulement le Tarot dans la figure de sa clef des arcanes, il le désigne dans le reste du livre sous le nom Genèse d'Hénoch. Le personnage d'Hénoch, auteur du premier livre sacré, est en effet identique avec celui de Thot chez les Égyptiens, de Cadmus chez les Phéniciens, et de Palamède chez les Grecs.
Médaille clé du tarot et alphabet
Anciens tarots
C'est aux époques des hérésies gnostiques et manichéennes que le tarot a dû se perdre pour l'Église, et c'est à la même époque que le sens de la divine Apocalypse a été également perdu. On n'a plus compris que les sept sceaux de ce livre kabbalistique sont sept pentacles dont nous donnons la figure, et qui s'expliquent par les analogies des nombres, des caractères et des figures du tarot.