Antériorité de Barbe Bleue, remonter au mythe (2) Ishtar
Ishtar et les portes de l'Enfer, voyage souterrain, Tammuz
Ishtar +++
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Femme, elle était aussi mâle et elle est occasionnellement représentée avec une barbe [photo-6]. En assumant un caractère androgyne, elle était comme la planète Vénus, qui était feminine en tant qu'Étoile du soir mais mâle, en tant qu'Étoile du matin, et elle possédait le pouvoir de changer les femmes en hommes et les hommes en femmes.
Nous avons certes vu qu'Ishtar était "la Dame de la bataille" et la "Dame de l'amour" — mais ils ratent totalement l'essence même de la déesse et n'expliquent pas son image contradictoire. Comme l'a observé Rivkah Harris, "[Inanna-Ishtar] incarnait en elle des polarités et des contraires, et par là même, les transcendait.... Elle était beaucoup plus que simplement la déesse de la fertilité, de l'amour et de la guerre, et l'étoile Vénus".
Sa figure complexe, qui combine les traits de la Madone avec ceux de la prostituée et d'un guerrier, a été correctement caractérisée par Harris comme un "paradoxe et une coïncidence de contraires".
… Ainsi la prééminence donnée à la luminosité de la Déesse dans l'hymne que je viens de citer et dans les arts assyriens, souligne sa sainteté et sa pureté. De ce point de vue, la barbe de la déesse ne peut pas avoir été un symbole de virilité ou un caractère martial mais doit avoir souligné son caractère androgyne, conçu comme un état de pureté sublime et de perfection, comme dans le Gnosticisme et le Christianisme primitif.
Reconnaître en Mullissu/Ishtar l'équivalent assyrien du Saint-Esprit aide à comprendre son rôle éminent comme déesse oraculaire dans la prophétie assyrienne; comme le Souffle de Dieu donnant vie à toute la création et animant tous les êtres vivants; elle était aussi l'Esprit de Dieu résidant dans les prophètes et autres personnes sacrées et parlant par leur bouche.
Le mot assyrien pour "souffle, esprit" est l'exact correspondant sémantique de l'hébreu raah, "vent, souffle, esprit [de Dieu]" et du grec pneuma, "esprit (prophétique)".
Le rôle central joué par la prophétie extatique dans le culte d'Ishtar rend en fin de compte possible de comprendre pourquoi elle était représentée comme une prostituée, un rôle diamétralement opposé à celui de la Reine des Cieux. Ces deux rôles contradictoires de la déesse étaient fondamentaux pour le culte d'Ishtar et son fondement doctrinal, le mythe de La Descente d'Ishtar aux Enfers, que nous allons maintenant examiner en détails.
La descente d'Ishtar est l'archétype de l'âme humaine. La première partie du mythe souligne l'origine divine de l'âme et sa chute, la seconde partie décrit son chemin de salut au moyen de la repentance, du baptême et de l'ascension graduelle vers la perfection originelle.
En haut, dans le Ciel, l'âme est la chaste et sage "Fille de la Lune", pure et innocente comme une fiancée voilée. Mélangée à la matière, cependant, elle perd peu à peu son caractère divin et devient une prostituée nue et pécheresse, semblable à "Ereshkigal, Reine des Enfers". La Déesse du mythe est ainsi une entité à deux faces. Sa descente représente le souffle de Dieu entrant dans la prison du corps; son ascension représente la prostituée repentante dont les prières obtiennent pardon et salut. Ce double rôle explique la figure mythologique contradictoire, qui combine l'image d'une vierge sainte avec celle d'une prostituée.
Le mythe fonctionne à 2 niveaux: un premier, littéral, qui s'adresse au vulgum pecus, et l'autre, allégorique, qui s'adresse aux initiés du culte d'Ishtar. Les deux sont intrinsèquement liés et également importants pour comprendre le mythe. À un premier niveau superficiel, les Enfers du mythe sont une localité cosmique, le séjour des morts, mais au niveau allégorique, il s'agit du monde physique des humains compris comme une prison et comme la tombe de l'âme.
Le mythe de La Descente d'Ishtar aux Enfers était le pilier de la doctrine du culte du Salut. Une composante majeure de cette doctrine était le concept de l'Homme céleste Parfait envoyé pour la rédemption de l'humanité, matérialisé dans l'institution de la royauté. Dans La Descente d'Ishtar, le rôle rédempteur du roi est exprimé par l'image du berger-roi, Tammouz, livré comme un substitut d'Ishtar aux Enfers, c'est-à-dire le monde matériel. L'image correspond au rôle du roi en tant que représentant terrestre de Dieu et trouve une autre expression dans l'image du roi comme "Soleil des gens" (irradiant une brillance céleste à la Ténèbre du monde) et en tant qu'incarnation du Dieu Sauveur, Ninurta, le vainqueur du Péché, de la Ténèbre et de la Mort.
Le symbole central du culte était l'Arbre sacré qui reliait le Ciel et la Terre, qui contenait la clef secrète pour l'aventure psychique de l'Homme Parfait et, ainsi, pour la vie éternelle. L'orientation à 2 niveaux du mythe (âme cosmique = âme humaine) correspond à celle de l'Arbre sacré qui symbolisait à la fois le Cosmos et l'Homme Parfait. L'association de l'Arbre avec Ishtar ne laisse pas de doute qu'il jouait un rôle important comme objet de méditation dans son culte, comme l'arbre Asherah cananéen [photo 17], ou "l'arbre séfirote" de la Kabale extatique [photo 18].
Le messager en larmes qui apporte la nouvelle de la mort d'Ishtar aux Cieux symbolise les prières désespérées de l'âme pénitente. L'assinnu émasculé créé pour son secours est un dévot de la Déesse, un instrument de Dieu qui apporte à l'âme harassée un mot de réconfort et la connaissance de la voie du Salut. On peut postuler que les assinnu jouaient un rôle important dans le culte d'Ishtar comme "aides" des novices du culte, les encourageant par des mots de réconfort et des promesses de salut. Il est probable qu'ils les conduisaient au sacrement du "Mariage sacré", qui ne doit pas être mé-compris comme un acte sexuel physique mais comme la propagation d'un savoir ésotérique relatif à l'ascension de l'Âme, c'est-à-dire la restauration de l'unité originale de l'âme avec Dieu, qui était envisagée en termes de noces célestes.
En somme, il semble certain que La Descente d'Ishtar contenait le texte de base d'un culte à mystère extatique promettant aux croyants l'absolution des péchés, la renaissance spirituelle et la résurrection d'entre les morts.
Le chemin vers les Cieux du dévot était esquissé dans le mythe, mais il était représenté de façon codée dans l'Arbre sacré, médiation sur lequel certainement jouait une importante partie du culte. Le tronc de l'Arbre, représenté comme un palmier stylisé, symbolisait Ishtar comme le pouvoir de jeter un pont sur l'Abîme qui séparait les Cieux de la Matière. La somme des nombres mystiques de la couronne (1) et de la base (14) équivaut au chiffre mystique d'Ishtar (15), et sa représentation comme un nœud au milieu du tronc, rappelle une des définitions par St Augustin de l'Esprit Saint comme "l'amour mutuel du Père et du Fils, le lien consubstantiel qui les unit."
Le chiffre mystique d'Ishtar, 15, correspond au chiffre de la pleine lune dans le calendrier lunaire mésopotamien. Assurément, le disque brillant, immaculé de la pleine lune était un parfait symbole pour l'aspect céleste d'Ishtar, la radieuse Reine des Cieux et la "Fille sans reproche de la Lune". De manière correspondante, la perte graduelle de luminosité de la lune déclinante à la conjonction symbolisait sa mort, et l'augmentation progressive de luminosité après la conjonction, son ascension et le retour à son état originel de perfection.
L'ordre dans lequel Ishtar perd ses habits et parures reflète la structure de l'Arbre sacré. À la première porte, elle perd sa couronne; à la deuxième porte, ses boucles d'oreilles; à la troisième porte, son collier; à la quatrième porte, son pectoral; à la cinquième porte, sa ceinture; à la sixième porte, ses bracelets et à la septième porte, son pagne. Notez la progression constante du haut vers le bas et l'alternance des pièces uniques et de celles qui vont par paires d'habillement. La couronne enlevée correspond à la couronne de palmettes de l'Arbre, ses colliers, ceinture et pagne aux trois nœuds du tronc et ses boucles d'oreilles, pectoral et bracelets aux cercles qui entourent le tronc. De façon correspondante, les différents habits et ornements peuvent être identifiés avec les pouvoirs divins des "Grands Dieux" constituant l'Arbre. Dans le précurseur sumérien du mythe, La Descente d'Inanna, ils sont en fait explicitement appelés "pouvoirs divins".
En référence à l'âme humaine, les "habits" et les "parures" d'Ishtar doivent donc être compris comme une allégorie pour les pouvoirs divins ou vertus, dont la présence ou l'absence dans l'âme résultait en salut ou perdition.
Fondés sur les fonctions et attributs des "Grands Dieux", ces pouvoirs peuvent être définis comme autorité ou dignité (Porte 1 = Au), sagesse et prudence (Porte 2 = Ea et Sîn), raison (porte 3 = Mummu), jugement et compassion (Porte 4 = Shamash et Marduk) amour (Porte 5 = Ishtar); honneur et Fierté (Porte 6 = Adad et Nabû) et Vergogne (porte 7 = Nergal). L'Arbre sacré peut ainsi être vu comme une représentation symbolique de l'Âme parfaite et non souillée dans sa gloire céleste, revêtue de tous ses pouvoirs divins — en d'autres mots, une image de Mullissu, l'Ishtar céleste. Regagner ces vertus dans l'ordre où elles avaient été perdues devait ainsi restituer l'âme à son état primitif, céleste, et restaurer son immortalité.
L'idée était aussi implicite dans un autre symbole central du culte, la Tour du temple mésopotamien, la Ziggourat, qui figurait comme un attribut d'Ishtar dans l'hymne d'Assurbanipal, cité ci-dessus. Les sept étages et la forme en montagne de cette structure l'associaient à la descente et à la montée en sept paliers de la Déesse.
chacun de ces étages était peint d'une couleur différente, la séquence des couleurs correspondant au coloriage des sept murs concentriques d'Ecbatane dans Hérodote I 98 (blanc, noir, pourpre, bleu, orange, or, argent). Ce coloriage symbolisait sans doute les sept sphères planétaires de Vénus, Saturne, Mars, Mercure, Jupiter, le Soleil et la Lune. La descente en sept paliers depuis le toit couleur argent de la Ziggourat, associé à la Lune, devait symboliser le passage à travers les sept portes des Enfers et le déshabillage, tandis que le fait de les remonter devait signifier le retour aux Cieux dans les brillants habits et les parures de la Déesse. Une telle imagerie se trouve probablement derrière l'ascension mithraïque de l'âme décrite dans le Contra Celsum [= Contre Celse] d'Origène, où l'initié grimpe "un escalier avec sept portes"; la première (de plomb) associée à Saturne, la seconde (d'étain) à Vénus, la troisième (de bronze) à Jupiter, la quatrième (de fer) à Mercure, la cinquième (d'électrum) à Mars, la sixième (d'argent) à la Lune et la septième (d'Or) au Soleil. Dans cette imagerie, l'ascension vers le Ciel est liée à la ré-acquisition de pouvoirs divins perdus, représentés par les couleurs, dont la séquence complète représentait la gloire céleste de l'Âme.
Du fait de son association aux couleurs de la Ziggourat, Ishtar était aussi associée à l'Arc-en-ciel, un autre important symbole relatif à l'ascension de l'Âme [photo 20]. La convergence du spectre complet des couleurs dans l'arc-en-ciel symbolisait l'origine céleste d'Ishtar comme fille d'Anu, dans lequel convergeaient les identités de tous les Dieux, tandis que la forme en arc la représentait comme l'Arc de Dieu contre le Péché et la Mort.
Dans l'Enama elîß, Marduk fabrique un arc, le désigne comme son arme, et défait Ti'amat par son moyen; plus tard, Anu, le levant, l'embrasse et l'appelle "ma fille" et en fait une constellation dans le ciel. La constellation en question, “l'Étoile de l'Arc", notre Canis Major [ Alpha du Chien], est bien connue des textes assyriens où elle est mise en équivalence avec Ishtar comme "Fille de An" et "Fille de la Lune". Par conséquent, elle était l'arme avec laquelle Marduk a vaincu Ti'amat. Ailleurs, dans l'Enama elîß, cette arme est appelée "Déluge", allusion au rôle bien connu d'Ishtar qui apporte le déluge dans Gilgamesh X. L'"Arc- Déluge", qui se trouve déjà dans la mythologie sumérienne comme arc de Ninurta, n'est bien sûr pas autre chose que l'arc-en-ciel, qui se trouve comme un nom d'Ishtar dans la liste des noms de dieux assyrienne. De plus, à la fois "Étoile de l'Arc" et "Étoile de l'Arc-en-ciel" se trouvent comme noms de Vénus et sont mises en équivalence avec la constellation de la Vierge dans les textes astrologiques. Divisé en ses éléments, le sumérogramme pour "arc-en-ciel", ∂tir-an-na signifie "Arc de Anu" ou "Arc du Ciel".
Avec son "Arc-Déluge", Dieu détruit les méchants mais sauve les justes. Dans La Descente d'Ishtar, l'ascension de l'Âme a pour condition l'abandon de Tammouz comme substitut de la Déesse dans les Enfers. C'est une allégorie pour l'institution de la royauté divine sur la terre et une étiologie pour la "mort rédemptrice" du roi. En matérialisant l'idée de "l'Homme Parfait" dans le roi humain, Dieu a donné à l'humanité un exemple à suivre et un Berger pour le guider sur le chemin du salut. Tammouz, le Berger-Roi mésopotamien, est le roi comme un "arbre planté par Ishtar"; le Fils de Dieu qui devait advenir au monde, prend une forme humaine, meurt et ressuscite pour pourvoir l'humanité d'un exemple vivant de la perfection requise pour le salut.
Tammouz qui meurt et ressuscite doit donc être compris comme un des pôles mythologiques les plus centraux du roi, le Rédempteur sacrifié pour l'amour de l'Homme. Tandis que Ninurta est le roi en tant que Sauveur victorieux qui triomphe de la Mort et de la Maladie, retourne à son père en triomphe et voit sa gloire exaltée dans le Ciel, Tammouz est le berger qui meurt pour son troupeau, l'arbre abattu, dont la mort est amèrement déplorée. En faisant d'Ishtar la responsable pour la mort de son “fils" bien aimé, le mythe présente ce sacrifice comme un acte d'amour divin comparable à Jean 4:9, "Car Dieu est Amour, et Son amour nous a été révélé par ce fait qu'il nous a envoyé Son Fils unique en ce monde pour nous procurer la Vie." Cette idée semble être encodée dans le motif du "Dieu qui tire à l'Arc" [photo 21], une image bien connue mais énigmatique dans l'art impérial assyrien, qui peut être interprétée comme une représentation symbolique du "Dieu, le Père, envoyant son Fils au Monde". Le Dieu qui envoie la flèche dans la cible symbolise Enlil/Marduk, le roi divin; la "flèche" symbolise son fils, Ninurta/Nabû, le Vainqueur du péché; l"Arc" symbolise Mullissu/Ishtar, et le "Monstre" touché par la flèche symbolise le monde comme lieu du Péché, de la Ténèbre et de la Mort. Il doit être noté qu'à la fois Assur et Ishtar partagent dans les sources assyriennes l'épithète de "ami de (toute) l'humanité".
Nous avons ainsi dans le roi assyrien la parfaite contrepartie doctrinale du Sauveur Chrétien un Verbe de Dieu devenu Chair, un Agneau de Dieu sacrifié pour l'amour de l'Homme. Ce qui est plus, sa relation à Dieu est définie exactement en termes de la doctrine trinitaire ("une substance - trois personnes") dans son élaboration augustinienne, où l'Esprit Saint est "l'amour mutuel du Père et du Fils, le Lien consubstantiel qui les unit".
Le retour triomphal de Ninurta vers sa demeure céleste, dont on a parlé dans la leçon précédente, trouve une représentation graphique dans une triade divine chevauchant à l'occasion le disque solaire ailé d'Assur planant au dessus de l'Arbre sacré [photo 22]. La figure centrale, levant sa main dans un geste de bénédiction, peut être identifié comme Enlil/Marduk; la figure sur la droite, recevant sa bénédiction, comme Ninurta/Nabû, et la figure sur la gauche, également levant la main dans un geste de bénédiction; comme Mullissu/Ishtar.
Dans quelques représentations, les figures à main droite et main gauche sont réduites à de purs cercles ou volutes émergeant de la figure centrale [photo 23]; souvent une volute simple prend la place des trois figures [photo 24]. Cela suggère qu'ils étaient compris comme trois hypostases d'Assur, une véritable "trinité en unité", Père-Mère-Fils, dans le sens chrétien et néoplatonicien du concept. Le disque ailé étant le symbole primaire d'Assur et la volute ou la triade divine apparaissant dans virtuellement toute représentation de lui, la conclusion semble inévitable: cet antécédent de la doctrine trinitaire doit avoir joué un rôle central dans la religion impériale assyrienne.
Nous avons vu que Ishtar représente fondamentalement l'Âme Cosmique sortie de Dieu et animant toutes les créatures vivantes. Tous ses divers noms, attributs, symboles et traits mythologiques sont des tentatives pour exprimer l'idée de base et décrire symboliquement les œuvres de l'Âme Cosmique. Pour cette raison, la multiplicité apparente de déesses femmes en Assyrie est pure illusion, car elles n'étaient toutes que les noms et les descriptions de la Déesse sous ses différents aspects. Reflétant cela, les textes assyriens font fréquemment référence au monde divin comme "les Dieux et Ishtar", le singulier impliquant qu'il n'y en avait en fait qu'une, pas plusieurs divinités féminines.
Mais Ishtar ne faisait pas que subsumer toutes les déesses. Sous son aspect céleste de Reine du Ciel et progénitrice des Dieux, elle englobait aussi tous les dieux mâles et leurs pouvoirs. L'idée sous-tend tout le récit métaphorique du déshabillage et du rhabillage de La Descente d'Ishtar et elle se présente dans d'autres symboles centraux de la Déesse, tel l'Arc-en- ciel, qui la décrivait comme la convergence des couleurs des sept dieux planétaires, et l'Arbre sacré, qui symbolisait l'Âme Parfaite comme une somme des pouvoirs de l'Arbre. Son symbole le plus commun, l'Étoile à huit branches, la représentait comme la "Porteuse de tous les pouvoirs", ses huit branches correspondant aux huit dieux mâles qui l'entouraient dans le schéma triadique de l'assemblée divine, qui était sous-jacent à l'Arbre sacré [photo 25]. En tant que nœud central de l'Arbre, elle tenait ensemble toute l'assemblée et en accord avec cela on parle souvent d'elle comme de Celle qui tient tous les pouvoirs divins, "la Présidente de l'Assemblée" ou "Celle qui rassemble les pouvoirs divins" dans les textes assyriens. Il n'est donc pas accidentel que l'Arbre fût un des attributs principaux de la Déesse et, de fait, peint à l'occasion de façon anthropomorphique comme la Déesse elle-même [photo 2].
On se souviendra que l'Arbre symbolisait fondamentalement la multiplicité des dieux comme la manifestation d'Assur dans l'univers physique. Nous pouvons maintenant le comprendre comme le Souffle de Vie sortant du Dieu transcendant envahissant l'univers toute entier pour lui donner une âme — un Arbre de vie cosmique au sens littéral du terme.
Ishtar n'était ainsi pas autre chose qu'Assur lui-même manifesté sous son aspect de Mère, le divin Amour sous-tendant toute existence.
Cela explique les nombreux points de contact de la religion assyrienne avec le Christianisme, le Judaïsme, la Gnose et le Néoplatonisme. Ces systèmes religieux et philosophiques ont perpétué les idées théologiques fondamentales qui ont pris forme dans l'empire assyrien et ont été propagées de façon efficiente vers l'ensemble du Proche-Orient pendant plus de 700 ans.