Labyrinthe
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la figure labyrinthique trouvait effectivement sa place dans des pratiques magiques. Bon nombre des labyrinthes sous forme d’assemblages de pierres qui longent les côtes de l’Europe septentrionale servaient sans doute à assurer le succès à la pêche, et les chasseurs préhistoriques du Val Cammonica entouraient leurs labyrinthes gravés sur roches de dessins représentant du gros gibier. Disposer de la figure labyrinthique en tant qu’attribut est le symptôme de pouvoirs magiques : chez les Batak à Sumatra, elle orne les baguettes magiques et son « mode d’emploi » se trouve consigné dans les grimoires. Ailleurs — en Inde par exemple — elle protège et conjure le mauvais sort sous forme de tatouage. Si la figure confère un tel pouvoir à son détenteur, rien d’étonnant dès lors qu’il en soit de même pour son inventeur mythique qui sera représenté sous les traits d’un grand magicien. La différence à nos yeux fondamentale entre savoir appliqué et pouvoir magique, entre un médecin et un sorcier guérisseur, par exemple, est insaisissable pour la conscience mythique qui entoure les deux pouvoirs d’une même auréole d’élévation. Dans le cas du labyrinthe, le résultat en est on ne peut plus paradoxal : l’invention géniale d’une figure géométrique trouve son application non pas sur le plan technique, mais sur celui de la magie. D’autre part, l’évolution des mythes qui entourent le créateur du labyrinthe reflète le long processus de rationalisation qu’est l’histoire de l’humanité. Au magicien Drona du Mâhâbhârata s’oppose l’audacieux ingénieur et inventeur Dédale, ce « Léonard de Vinci de la mythologie »6. Si un mythe était dû à un seul rédacteur, l’auteur de l’histoire de Dédale serait sans doute un précurseur de Jules Vernes. Sur ce point, le mythe de Dédale exprime le très haut degré de rationalisation de la civilisation dont il est le produit. C’est en souvenir de Dédale et dans un acte de fière identification avec ce grand architecte, que les bâtisseurs de cathédrales médiévales de Bristol et de South Tawton couronnent leur œuvre par une pierre terminale sous forme de labyrinthe. Une autre tradition médiévale attribue l’invention du labyrinthe au roi Salomon dont la figure reflète bien les ambiguïtés du moyen âge : prototype de l’intelligence et de la sagesse, elle est en même temps indissociablement liée au vaste complexe de la magie blanche et de l’alchimie.
Le labyrinthe est donc en tout cas une chose créée par une instance considérée comme supérieure, détentrice d’un pouvoir et d’une intelligence hors-pair. C’est un espace organisé
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Les origines cycladiques de la geranos : sur un pendentif en pierre du Délion de Paros
Zozie Papadopoulou
Kernos 1408pdf
STIEGLITZ (1981), p. 195-198, considère que le mot !abyrinthos est un emprunt de l'égyptien !api-ro-hunt qui signifie «Temple of the Mouth of the Sea » et se réfère à l'autel égyptien bien connu sur le lac Moeris.
VIRGILE, Élléide V, 545-603. Pour l'œnochoé de Tragliatella, voir HELLER (1946), p. 128 sq. Concernant l'inscription, des chercheurs soutiennent que le nom TRUIA ne provient pas de la ville homonyme, mais est lié au verbe latin … qui signifie « je cours en avant et en arrière dans une danse rituelle, je me meus vivement ". SMALL (1986), p. 76 sq.
Il est notable que le matériau du pendentif, qui, quand il se met en contact avec le corps humain, acquiert une transpa- rence particulière, permette une lecture « synchronique» de ses côtés, au-delà de la lecture successive. En tournant le pendentif vers la lumière, on peut « lire » ses différents côtés en même temps, étant donné que l'un se projette sur l'autre. Les danseurs paraissent danser dans le labyrinthe, les poissons nager dans l'eau.
De la même manière, toutes les
faces du pendentif sont entourées par des idéogrammes aquatiques qui,
accompagnés des poissons et de l'oiseau, soulignent le caractère marin de la
danse • Les équivalences entre la dernière danse du bouclier et la geranos
labyrinthique s'étendent aussi à la symbolique de leurs mouvements chorégra-
phiques dont le modèle, dès l'antiquité, a été recherché dans le mouvement
des étoiles
Les mouvements opposés du chœur, dans toutes ses étapes"], acquièrent dès
lors des dimensions cosmiques, ils se rapportent aux mouvements successifs
du ciel diurne et nocturne, et se trouvent en accord avec le principe du
bouclier au centre duquel est placé le cosmos (la terre, la mer et le ciel avec
le soleil, la lune et les astres en mouvement circulaire)"'.
Des interprétations équivalentes ont été attribuées tant aux chœurs labyrinthiques , qu'aux décorations labyrinthiques et spiroïdales mises en rapport avec la symbolique solaire et astrale (comme par exemple avec la double spirale interprétée comme le mouvement céleste du jour et de la nuit, ou le cycle de la vie et de la mort, etc.)"!. Bien que de telles interprétations puissent susciter plusieurs oppositions, il faut souligner qu'elles s'harmonisent avec le contenu de la geranos en tant que rite initiatique courotrophe lié aux éléments de la mort et de la renaissance, à travers la réactualisation mimétique des dangers inhérents à tout passage symbolique et réel, que ce soit un voyage maritime, que ce soit
85 un passage vers l'àge adulte
77 Pour le rapp01t de la grue avec les voyages marins, voir ARISTOTE, Hlst. An/III., 597a 30-32. La grue, oiseau de la sagesse, se distingue par sa capacité de traverser le ciel, comme un marin qui sait réunir dans son voyage les confins du monde, le nord au sud, traverser un lieu sans point de repère, sans voie, comme la mer. DETIENNE (1983),
AUBRIOT (1999), p. 45 sq. Il est intéressant que la Grande Ourse, autour de laquelle tournent les autres corps célestes, alors que celle-ci reste immobile, s'appelle Hélikè. Voir aussi EDWAlms (1989), p. 280-281; AUJ3!UOT (1999), p. 52, n. 169.
8;\ MARIUS VrCTORINUS, Art. Gmllllll. (Keil VI, p. 60), lie la danse de Thésée aux mouvements de l'univers et comprend musicalement, dans le sens de la strophe et de l'antistrophe, les tournants complexes du labyrinthe
7. Pour la geranos, voir aussi Elym%gicum Magl/um, s.v. 7fQOo<jJOIOV (690, 47). Il affirme que, pendant l'accomplis- sement de l'byporebèma, un genre de danse mimétique ayant fleuri palticulièrement à Délos, et dans lequel s'inscrivent des danses du genre de la geraI/os, les danseurs se meuvent de gauche à droite, et inversement, en imitant le mouvement du cycle zodiaque et du ciel, alors que, à la fin, ils contournent tout l'autel.
89 Il faudrait toutefois signaler que, autant la tradition mythique que la pratique cultuelle lient la geranos, non seulement à Apollon, mais aussi à Artémis.
Déliades en dehors de Délos. Le chœur réactualise la présence divine et assure la continuité de la faveur divine à l'endroit où il est exécuté.