Marcel Detienne La grue et le labyrinthe
https://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5102_1983_num_95_2_1381



http://racines.traditions.free.fr/dansea/index.htm
Il semble que la danse fit son apparition au début de toutes choses et se manifesta en même temps qu’Éros l’ancien, car nous voyons cette première danse apparaître clairement dans le ballet des constellations et dans les mouvements imbriqués des planètes et des étoiles et leur rapport dans une harmonie ordonnée. » Lucien, IIème s. EC. Ceux de nos lecteurs qui s’intéressent aux mythes hindous trouverons là d’évidentes parentés.
L’homme a reçu des dieux, avec le sentiment du plaisir, celui du rythme et de l’harmonie. Les dieux eux mêmes se font les conducteurs6 de ses danses, et le nom du chœur, Choros, dérive tout naturellement du mot qui signifie7 joie, chorà. » Platon, Lois, II, 653/4.
La danse est (pour les philosophes grecs) un de ces trois arts musicaux qui sont comme les modérateurs de l’âme antique. Étroitement liée à la poésie et à la musique, elle participe à leur nature divine et, comme ses sœurs, à été léguée aux hommes par les immortels. Elle n’est pas seulement un plaisir, elle est un culte, elle sert à honorer les dieux*, de qui elle vient. » Maurice Emmanuel.
« Les danses rituelles, généralement accomplies en groupe, évoquent par leurs figures, leurs rythmes, les mouvements des astres et les rythmes de la création.
Danse et transe : le fonctionnement de l’oreille interne dans une spirale continue induit une ivresse neutralisant la présence au monde
Bernard de Herte commente ainsi cette citation de Plassmann, dans la bulletin associatif “Grèce Tradition” n° 19, p 18 :
« On ne peut s’empêcher de signaler que la lutte de Sigurd contre le Dragon* a pour objet de ramener une fiancée (la Soleil)n retenue prisonnière laquelle est généralement considérée comme la “fiancée printanière” de la tradition ; que la quête de Sigurd a été ramenée par de nombreux auteurs à un périple labyrinthique (cf. Ernst Krause, Die Trojaburgen Nordeuropas, Golgau 1893) ; enfin, que le dragon intervient essentiellement sur le plan des traditions populaires (Folklore)n dans le cadre du cycle de Carnaval…
« Si l’on adopte cette hypothèse, la “fiancée” autour de laquelle on exécutait, notamment à Münster, une danse labyrinthique, serait “l’héritière” et l’équivalent symbolique de la vierge printanière prisonnière par le Serpent hivernal (le “Grand Hiver” Fimbulvetr, cf. notre art. Déluges*) et qui est finalement délivrée par un Héros solaire. La danse aurait été conservée sous la forme serpentine d’une farandole, après la disparition du labyrinthe matériel (de pierres et de gazon) sur laquelle elle avait lieu auparavant. Elle aurait ensuite été intégrée dans l’ensemble formé, à la même époque de l’année, par les traditions carnavalesques. C’est du moins ce que l’on peut imaginer. »
La Danse de la Grue Geranos ou Danse sautillante de la Grue sacrée géranikos : « Lorsque Ariane s’est enfuie de Crète en compagnie de Thésée et de ses treize autres amis Grecs, ils ont d’abord accosté sur l’île de Délos. Pour fêter leur libération d’une mort certaine à la merci du Minotaure24, Ariane les a entraîné dans la Danse de la Grue ou Danse de Thésée (autour de l’autel cornu d’Aphrodite25). Au cours de cette danse chacun se donne la main en une longue chaîne et en suivant à peu près le chemin d’un labyrinthe classique à sept circonvolutions. Ce cheminement en avant, en arrière, imite également la danse d’accouplement de la grue, voilà donc l’origine du nom. » Sig Lonegren, Les Labyrinthes, Dangles, 1993.
« Il y avait, en face du palais, un théâtre servant à la danse du labyrinthe réservé à ceux qui exécutaient les Danses érotiques de printemps. L’origine26 de cette construction semble avoir été le fourré traditionnel, en forme de labyrinthe, dont on se servait pour attirer la perdrix27 vers un de ses mâles, enfermé dans un enclos situé au centre et qui poussait des cris amoureux ; les exécutants de ces danses de printemps imitaient probablement, par leurs boitillements, la danse d’amour des perdrix mâles. » Robert Graves, les Mythes Grecs, Fayard Pluriel, 1967.
“La Danse de la Grue se pratiquait devant un autel à cornes (cf. art. Astrologie* nordique)n : on faisait neuf piétements plus un saut” (cf. saltations des prêtres Saliens de Rome), ce qui évoque certaines de nos gavottes bretonnes et autres kolos28 d’Europe centrale. Dans l’île de Corfou (l’ancienne Korkyra), lors de la Danse des grues les danseurs tiennent une longue corde.
Cette Danse Geranos – Grannos – “de la grue” – symbole de victoire du soleil – est la même que celle des Helvètes. On la retrouve aussi dans les Hobby Horse Festivals et les Morris Dances de Grande Bretagne.
Les Danse du Labyrinthe* ont une chorégraphie du type des bransles et Plutarque, les décrivant, disait que « le rythme30 en est scandé par des mouvements circulaires et alternatifs, des parallaxes, qui sont des mouvements de gauche à droite et des figures en spirales… »
« Le labyrinthe* de Cnossos a pu être une aire ou un orchestre (au sens antique)n de dessin solaire pour la danse mimée d’un danseur masqué comme un taureau qui représentait les mouvements du soleil. » Willets, Cretan Cults & Festivals, 1962.
Au moyen âge, on dansait sur ces labyrinthes à l’intérieur des églises : « On dansait, et on danse encore, des danses du labyrinthe dans plusieurs régions d’Europe ; en Suisse, en Bavière à Munich, les Danses Schäffer, dansées tous les sept ans, à Traunstein.
À Troyes, a subsisté une danse* labyrinthique appelée Troyerlais probablement parente de la Danse de Troie ou Jeu* de Troie chez les Romains (cf. Troja in art. Atlantide* boréenne, et Labyrinthe*).
http://www.cercle-sequana.fr/index.php?post/labyrinthe-(2)
Dans ses écrits, Homère fait allusion à une aire de danse aménagée par Dédale à Cnossos, sur laquelle se déroulait la "danse de Thésée" qui renvoyait par la complication de ses pas, au parcours dans la labyrinthe. Cette danse était aussi appelée "danse du labyrinthe" ou "danse des grues"(Γέρανος). Elle serait pratiquée depuis plus de 3000 ans en Crète et à Délos.
Le géranos pratiqué à Délos se déroulait la nuit. Les danseurs-« grues » étaient alignés le long d'une corde dont le meneur — le geranoulkos — tenait un bout. La figure chorégraphique s'enroulait vers le centre puis se déroulait vers l'extérieur.
Il existe un jeu traditionnel en Finlande utilisant un labyrinthe : la "danse de la jeune fille". Une jeune fille se place au centre d'un labyrinthe et des jeunes hommes doivent l'atteindre pour la libérer.
Le labyrinthe a longtemps été considéré comme un lieu de magie et d'introspection. Des représentations de labyrinthes on été découvertes partout dans le monde et sont partie intégrante de beaucoup d'anciennes cultures.
Le labyrinthe est par essence une forme géométrique magique qui contribue à la définition de l'espace sacré. Il est différent d'un dédale : il n'y a qu'un chemin pour entrer et qu'une voie de sortie.