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14 mars 2013

Héros-Joseph Campbell

Les héros sont éternels - partie 1 

Joseph Campbell 

Synthèse sur http://indy38.blog.toutlecine.com/4594/Les-heros-sont-eternels-partie-1/

Comme il est impossible de trouver les ouvrages du grand mythologue américian Joseph Campbell en france, sinon à des prix de fous furieux, je me permets de poster sur mon blog (désolé pour la mise à jour très tardive) la première partie de la synthèse que j'avais faite du livre The hero with thousand faces (Le héros aux milles visages). Vous allez me dire : "Quel rapport avec le ciné ?". Et bien vous remarquerez que la structure archetypique du monomythe héroïque tel que décrit dans l'exégèse du professeur Campbell, est une source inépuisable d'influence pour le cinema hollywoodien (oui vous vous doutiez bien que je n'allais pas vous parlez des drames intimistes français). Voici donc la partie première, intitulé : La quête du héros.  A noter qu'il s'agit d'une reprise d'une synthèse que j'avais déjà publié sur le forum du site Mad Movies.

 

 La quête du héros

 

  • L’appel de l’aventure : Le héros reçoit un signe, soit par maladresse, soit parce qu’il y était destiné. Il arrive aussi que cela soit le fruit d’un hasard. Contes et mythes ont souvent présenté cet appel – ce signe d’une façon polymorphe. C’est la première étape qui alerte le héros.

 

  • Le refus de l’appel : Il n’est pas rare de voir le personnage principal refuser l’appel, le laisser sans réponse. Cela revient à transformer l’aventure en négation. Le héros prisonnier de son labeur ou de ses intérêts personnels réagit en une introversion.

 

  • L’aide surnaturelle : Ceux qui n’ont pas refusé l’appel et qui ont entrepris l’aventure héroïque trouve comme première personne sur leur chemin, une figure protectrice qui a une influence bienveillante. L’aide surnaturelle peut être aussi bien masculine que féminine. Le héros commence à découvrir alors les forces de l’inconscient, car des changements s’amorcent sur sa psyché sans qu’il en ait conscience.

 

  • Le passage du premier seuil : Sous la conduite de l’aide bienfaitrice, le héros poursuit sa route vers les régions obscurs (l’inconscient) et va devoir vaincre le gardien du seuil, qui cache les sphères inconnues du monde du regard. Il progressera ainsi au – delà des limites interdites pour pénétrer une nouvelle zone d’expérience.

 

  • Le ventre de la baleine (ou la caverne) : Il est commun de voir dans les mythes et contes, le héros être englouti dans le ventre du monstre ou devoir pénétrer et traverser une caverne, voir une foret obscure. Le héros au lieu de vaincre le gardien du seuil est absorbé dans l’inconnu et semble mort. En terrassant le gardien – ou s’échappant de la grotte – il accomplit une catharsis imagée de son propre ego et de ses démons intérieurs. C’est une renaissance.

 

  • Le chemin des épreuves : Une fois le seuil franchi, le héros doit survivre à une succession d’épreuves. Il utilise les amulettes que l’aide surnaturelle lui a fournit, ou il découvrira qu’une force inconnue le guide et le soutien dans son voyage surhumain. Le héros entreprend une traversée dangereuse dans les ténèbres et dans soi même. Un monde chargé de symboles s’ouvre à lui. Le long chemin des épreuves est périlleux, marqué de victoires initiatrices pour à terme mettre à mort le dragon (l’ego).
  • La rencontre avec la déesse : Après avoir vaincu les ogres, le héros triomphant s’unit à la déesse du monde (princesse ou reine) qui manifeste le complexe d’Œdipe enfouit en chacun de nous. La femme représente d’une façon métaphorique dans les mythes, à la fois un réconfort mais aussi un danger tentateur. La rencontre avec la déesse représente l’épreuve finale ou se joue l’aptitude du héros à obtenir le don d’amour, de vie et d’éternité.
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  • La femme tentatrice : Le mariage célébré avec la déesse signifie que le héros est maître de son destin. Il a libéré le champ de sa conscience, il prend ainsi la place du père (du roi). Mais lorsque un sentiment de répulsion pour la chaire – la luxure empêche l’âme de s’épanouir, la femme n’est plus un symbole de victoire et d’union mais de défaite. La déesse se transforme en sorcière du pêché. Il faut pour trouver la vie, dépasser la figure de la mère (du complexe d’Œdipe) qui retient prisonnière le moi du héros.
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  • La réunion au père : L’aspect courroucé du (P)père est un reflet de l’ego. Le héros soutenu par la déesse doit comprendre que le père (roi) est aussi miséricordieux. Mère et père se réfléchissent l’un dans l’autre. Le héros qui ouvre son esprit à un degré de maturité transcende l’obscurité, aperçoit le visage occulté du père et ils sont ainsi réunis.
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  • Apothéose : Le héros humain lorsqu’il a dépassé les derniers stades de l’ignorance et de l’angoisse accède à l’illumination. Il atteint la vérité universelle, tous les êtres humains viennent de la Source Immanente et celle – ci vit en nous. Nous sommes tous frères. Les couples d’opposés masculin/féminin (l’androgynie primordiale) sont anéantis, les paradoxes de la création volent en éclats.
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  • Le don suprême : Pour acquérir le don d’élixir, le héros doit surmonter un obstacle terminal. Si il est l’élu, il sera soutenu par les divinités. Mais il arrive qu’il doive s’en emparer par la ruse si les dieux lui sont défavorables. Le don suprême est toujours un symbole d’énergie vitale à la mesure des besoins spécifiques du héros. Il découvre parfois que le pouvoir véritable était latent en lui.
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  • Le refus du retour : Ayant atteint le but de sa quête, le héros doit revenir avec son trophée qui a pouvoir de guérison et/ou de transformation, afin d’en faire profiter sa collectivité et le monde. Il arrive malheureusement que cette responsabilité soit refusée.
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  • La fuite magique : Si l’élu s’empare du don avec la bénédiction de la déesse ou du dieu, il est ensuite chargé explicitement de retourner vers sa communauté. Il emprunte un chemin sûr soutenu par les forces protectrices. Mais si le héros s’est emparé de l’élixir contre la volonté des déités, alors il doit fuir dans une poursuite mouvementée semée d’obstacles.
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  • La délivrance venue de l’extérieur : Il arrive que le héros reçoive de l’aide extérieur afin de rentrer chez lui. Car il est souvent difficile de renoncer à la félicité touchée pour revenir à la dispersion du monde. C’est le point crucial de l’aventure, l’étape difficile du passage du royaume mystique au retour du gris quotidien. Chargé de son trophée, le héros retrouve des hommes qui pensent être le centre du monde, alors qu’il a lui-même mit son ego à mort. Le sens de la quête héroïque – mystique est souvent incompris de la société.
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  • Le passage du seuil au retour : Pour que son aventure aboutisse, le héros doit survivre à la violence du choc que provoque son retour. Les deux mondes : celui des dieux et celui des hommes sont séparés, en réalité cependant les deux royaumes n’en forment qu’un. Le domaine divin est une région oubliée du monde que nous connaissons, obstrué à notre conscience. Cela signifie que le héros est maintenant appelé à harmoniser les deux mondes.
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  • Maître des deux mondes : Le héros peut librement circuler entre les deux royaumes. Il dévoile la totalité du mystère des dieux à l’humanité (il ouvre le royaume de l’Impérissable dans le cœur), il devient guide et les hommes ses disciples.
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  • Libre devant la vie : Le héros qui a opéré la réconciliation de la conscience individuelle avec la volonté universelle est le maître du devenir et non de ce qui fut, il est le vecteur des transformations.
  • 2° Partie
  • Voici la seconde partie du monomythe Campbellien, Le cycle cosmogonique. La ronde universelle du cycle se déplace vers la métaphysique et les grands principes philosophiques antique. Je vous conseille pour compléter et approfondir le sujet deux ou trois livres qui me semble essentiels. Aspects du mythe de Mircea Eliade, Au coeur des mythologies de Jacques Lacarrière, Histoire et dictionnaire : mythes et mythologie de Félix Guirand et Joël Schmidt. Pour les autres bonne chasse pour dénicher les bouquins de Joseph Campbell.

 

Le cycle cosmogonique

 

  • De la psychologie à la métaphysique : Mythes et rêves sont étroitement liés. Nous avons vu dans La quête du héros que la psychanalyse apportait une signification au symbolisme de l’inconscient. Le cycle cosmogonique parle de la cosmo genèse et du Dieu démiurgique qui est à la fois en nous et en dehors. Il permet de rendre le cosmos métaphoriquement intelligible à l’humanité.

 

  • La ronde universelle : Le cycle cosmogonique est représenté comme une répétition d’une ronde sans fin. Chaque grande révolution comporte des dissolutions puis des régénérations. On peut y voir une figuration du rythme de l’univers à travers notre expérience du réel : les énergies épuisées pendant la journée sont régénérées lors du sommeil. Ainsi le cosmos décroît et doit être renouvelé.

 

  • Hors du vide, l’espace : Du vide primordial provient des émanations mystérieuses qui vont porter le cosmos. La première phase du cycle décrit la scission de l’informe en forme.

 

  • A l’intérieur de l’espace, la vie : Les émanations cosmogoniques permettent de délimiter le monde dans l’espace infini. Ensuite d’engendrer la vie à l’intérieur de ses limites, une vie polarisé (mâle/femelle) pour l’autoreproduction.

 

  • L’éclatement de l’unité en multiplicité : Le cycle poursuit sa révolution, et l’Un Immanent est divisé en multiple. Des dieux, des titans peuvent s’y affrontés, il arrive alors que la puissance germinatrice soit démembrée et qu’elle serve de charpente à la structure du monde. On passe de la tranquillité édénique aux effets périphériques. L’accès au paradis et à la félicité est à jamais perdu.
  • La naissance virginale, la mère de l’univers : L’esprit de l’Un (du Père) qui procréer l’univers a besoin d’un intermédiaire transformateur pour pénétrer la multiplicité de la vie terrestre : c’est la mère du monde. Elle personnifie l’élément originel (généralement un symbole d’eau), et elle est vierge.

 

  • La matrice du destin : La déesse de l’univers apparaît aux hommes sous une multitude de formes contradictoires. Car la mère qui apporte la vie amène aussi la mort. Elle est considérée comme bienfaitrice ou comme diablesse hideuse. La ronde cosmogonique poursuit sa révolution et les formes primordiales deviennent humaines. Les puissances démiurgiques passent dans l’inconscient et ne sont plus qu’anachronisme métaphysique. Ainsi commence l’avènement du temps historique des hommes.

 

  • La matrice de la rédemption : La vie humaine est soumise à la temporalité (jour/nuit, saisons, années) sous la conduite des rois et des prêtres. La conscience se rétrécit aux formes visibles et matérielles de l’existence et perd la perspective qui conduit au-delà de l’horizon et du phénoménal. L’ego prend le dessus, les hommes sont alors dans l’attente d’un élu qui sera l’incarnation divine. Seule une vierge peut porter le futur messie rédempteur des pêchés et de la perdition humaine.

 

  • La vierge mère dans les traditions populaires : Le Bouddha descendit du ciel dans le sein de sa mère sous la forme d’un éléphant blanc. Dans la bible, Marie tombe enceinte par le Saint Esprit. La fécondation miraculeuse de la vierge rejoue la scène de la procréation cosmique à l’échelle humaine. Lorsque l’heure du destin sonne un héros rédempteur est conçu. Nombreux sont dans les légendes populaires comme dans les mythes les récits de naissance virginale.
  • Le héros primordial et l’être humain : La ronde cosmogonique poursuit son cours mû non plus par les déités créatrices mais par les héros anthropomorphiques. La mythologie se mélange à la préhistoire incertaine et la création devient légende et non plus vérité. Les héros finissent par abandonner le caractère magique de leur quête pour déboucher sur le temps historique ordinaire.

 

  • Enfance du héros humain : Un héros humain doit naître afin d’expérimenter consciemment les étapes antérieurs du cycle cosmogonique et donc remonter jusqu’à la Source originelle de l’univers. Sa seconde tâche est de revenir à la vie contemporaine et de métamorphoser les sens et les formes. Son enfance est généralement présentée comme une prédestination à son rôle, avec une succession d’évènements fantastique et merveilleux. On y retrouve souvent les thèmes de la jeunesse passée en exil, avant le retour miraculé. L’enfant est affublé d’une force et d’une sagesse précoce.

 

  • Le héros guerrier : Le lieu de naissance du héros est souvent considéré comme le nombril du monde, car ses actes vont se propager comme des ondes. Le héros mythologique surgit de la lumière pour vaincre un ennemi puissant et solidement établi sur le trône du pouvoir qui détourne à son profit l’autorité que lui confère sa position. Le tyran est orgueilleux, là réside sa perte. L’acte héroïque consiste à le mettre en pièces, à dégager la voie afin que le devenir et la vie se réenclenche à l’intérieur du cycle.

 

  • Le héros amant : Abattre l’ennemi – le monstre pour libérer l’énergie vitale peut être symboliquement représenté par une femme. Elle est la princesse victime d’un rapt, une vierge immaculée convoitée personnifiant l’autre partie du héros, car chacun des deux est un. Les barrières, les enclaves qui empêchent la célébration des noces du héros se retrouvent de tous temps dans les récits mythologiques.

 

  • Le héros empereur et le héros tyran : Le héros en action est l’agent du cycle, il perpétue l’élan initial qui mit le monde en mouvement dans l’existence passagère de l’homme, jusqu’à l’accomplissement inévitable. Le héros suprême est celui qui dessille les yeux de ses semblables. Il utilise non pas l’épée (le physique) mais la transcendance de l’esprit (le spirituel). Quand la quête de l’élu a pour but la découverte du Père, le héros qui réussit à obtenir sa bénédiction revient en le représentant auprès de l’humanité. Mais il peut arriver que l’empereur bienfaiteur devienne tyran lorsque l’ego gonfle au point de revendiquer ses actes philanthropiques pour sa seule personne. Il rompt alors la parole de l’Unique, il n’est plus médiateur des deux mondes.

 

  • Le héros rédempteur : Le héros rédempteur est la plus haute signification possible. C’est ceux qu’on appel des incarnations. Leurs mythes atteignent une dimension cosmique. L’incarnation a pour tâche de réfuter les prétentions égoïstes car il est une manifestation qui émane directement de la Source. Les rédempteurs sont là pour racheter une période de désolation causé par la main de l’homme. Car le cycle cosmogonique se présente sous une alternance régulière de bien et de mal. Ainsi est le rythme de l’univers : émanation – dissolution, jeunesse – vieillesse, naissance – mort, jour – nuit. Afin d’éviter qu’à son tour le héros ne devienne tyran, il faudra qu’il se crucifie lui-même : devenir martyr. C’est la sagesse contenue dans la fin et le recommencement éternel de l’univers. L’alpha et l’oméga.

   

  • Le héros saint : Le dernier modèle du héros est le saint, l’ascète qui renonce au monde. Se libérant de toute contrainte matériel et de son ego, engagé dans la méditation, paisible dans sa solitude, il s’unit à l’Unique Immanent. Il s’agit toujours de la quête du Père mais sous son aspect non manifesté. Ces héros qui dépassent la vie sont aussi au dessus du mythe, car les mots deviennent inadéquats au-delà des formes tangibles. Lorsque le profil caché du grand Visage se révèle, seul le silence demeure.

 

  • Le départ du héros : C’est le dernier acte de la biographie du héros, celui de sa mort. Car le héros véritable ne craint pas la mort, et lorsque celle-ci vient, la portée universelle de son message est libérée, c’est l’accomplissement du destin inévitable. Parfois le désir de vivre est si hardant que le héros peut résister à la létalité et la reporter pendant un temps.

   

  • Fin du microcosme : Le héros doué de pouvoirs extraordinaires est chacun de nous. Non pas l’être physique mais la transcendance qu’il renferme. Une fois le héros trépasser, son âme retourne vers la connaissance de la déité créatrice du monde, qui durant son existence s’est réfléchie dans son cœur et son esprit. L’âme doit faire dans certains mythes un dangereux voyage d’obstacles à surmonter afin de faire un tour complet des périodes du cycle. Elle peut ensuite parcourir l’ensemble de l’univers à son gré.

 

  • Fin du macrocosme : Comme l’être humain dans sa forme créé, l’univers est lui aussi appelé à se dissoudre. Ce sont les mythes eschatologiques qui sonnent la fin d’une des périodes du cycle cosmogonique jusqu’à l’émergence de nouvelles émanations ou de sa régénération.

Ainsi s’achève Le cycle cosmogonique au sein duquel on l’a vu le héros se met en marche afin d’en expérimenter toutes les strates antérieurs et remonter jusqu'à la Source primordiale. Le diagramme du cycle cosmogonique est à la fois plus profond (car difficilement appréhendable par l’esprit humain) et plus simple dans sa ronde parcourue dans un élan de circonvolution. Il se structure inlassablement ainsi : « Emanations, manifestations, dissolutions ».

Cédric GENTAZ

(Un merci discret mais précieux à Rafik Djoumi).

http://www.matrix-happening.net/le_crepuscule_des_dieux/cycle_cosmogonique.htm

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3 mars 2013

La religion cosmique des Indo-Européens, Jean Haudry, HERA-Héros

Analogie entre Jour, Année, Cycle cosmique pour les indo-européens

http://vouloir.hautetfort.com/archives/category/histoire/index-12.html/

Dans La religion cosmique des Indo-Européens, Jean Haudry, spécialiste des études indo-européennes, évoque la tripartition propre au monde indo-européen. Celle-ci n'est pas seulement une organisation sociale, mais découle d'une vision du monde, c'est-à-dire d'une manière de voir et de concevoir l'univers. Aussi, cette tripartition est à la fois valable pour le macrocosme (l'univers) et pour le microcosme (l'homme).

Dans un premier temps, J. Haudry examine la tripartition céleste, ce qu'il nomme “les trois cieux”. Puis, il explique l'analogie entre le jour, l'année et le cycle cosmique. Il poursuit par une étude comparative sur la déesse grecque Héra, épouse de Zeus. Celle-ci représente, entre autres, la belle saison de l'année, le printemps, mais aussi l'année toute entière. Il aborde ensuite la notion de héros en partant de l'étymologie qui provient de Héra. Le héros est précisément celui qui conquiert l'année et accède ainsi à l'immortalité. Pour cela il emprunte la “voie des dieux”, aussi désignée par le mot védique svarga, “le fait d'aller dans la lumière­ solaire”. L'accès à l'immortalité passe par la redoutable traversée de “l'eau de la ténèbre hivernale”.

 
22 décembre 2012

Anthropos, 9 composants de l'Homme, tradition nordique, rectangle de Salomon

psycho

 

SITE http://kerglas.pagesperso-orange.fr/portes/anth/neuf.htm

Edred Thorson (Runelore, p. 210-214) commente ainsi les neuf constructions psycho-physiques de l'"homme intégral", l'Anthropos selon l'Evangile de Marie-Madeleine :

9. La "chance" (VN, hamingja) est très liée au "double". Elle est le complexe collectif chez l'individu, son lien avec sa communauté. Elle s'exprime sous la forme d'un "esprit-gardien".
8. Le "double" (VN, fylgia) est le côté lumineux de l'ombre. L'individu peut projeter sa volonté dans son double pour se métamorphoser ponctuellement.
7. L'âme (VN, sál), la "psyché" passive du vivant de l'homme, qui concentre tous les aspects psychiques après la mort. C'est l'"ombre" jungienne.
6. La mémoire (VN, minni) est le réservoir en soi de tous les mystères. Il est le reflet du Wyrd (destin) intégral dans la conscience de l'homme et la possibilité d'avoir accès à cette toile du destin. Elle correspondrait donc à l'inconscient collectif, chez Jung.
5. l'esprit (VN, hugr) est le siège de la volonté et de la conscience.
4. Le souffle vital (VN, önd), est l'énergie vitale sur laquelle toute vie est fondée. Le önd est le moteur de la pratique runique. Par son exercice, on modifie son önd et le önd de l'environnement.
3. La faculté d'extase (VN, ódhr), c'est la faculté de sortie de son état normal de conscience.
2. La "substance-forme" (VN, hamr), qui donne au corps sa forme, sous le contrôle d'une volonté.
1. Le corps (VN, lik).

VN = vieux norrois (langue de la branche germanique, qui est celle des sagas islandaises, et qui survit dans la langue actuelle de l'île de glace et de feu. NDLR.)

sch2

sch3

Le schéma originel de la Divine Comédie, établi par Mirko Mangolini. Les cases numéros 2, 4,5,6 et 8 forment ce que l'on appelle la croix templière. Les autres éléments disparaissent après la mort. Le Corps (1) retombe en poussière, le Corps de l'Esprit (3) correspond au mental, lequel est constitutif de l'image de soi que l'on veut donner au monde, inclut nos peurs et nos préjugés, notre idéal aussi... Cela aussi se perd ! L'Esprit du Corps (7) est le lieu où se matérialisent nos connaissances rationnelles terrestres, ce qui nous est enlevé, après notre désincarnation. L'Esprit de l'Esprit (9) est l'Ange-gardien, lequel achève sa mission après notre passage sur terre.

 

 

sch4Les personnages du grand poème de Dante symbolisent chacun l'un des neuf éléments. L'homme dans sa totalité, l'Anthropos est inclu dans le cercle de la Divinité, l'Amour, la source vive à laquelle nous devons nous relier. C'est le Saint-Esprit de Dieu, ce dixième élément, qui forme l'homme complet, dont le modèle est le Christ.

 

SITE http://www.counter-currents.com/2011/12/lhomme-manquant-dans-la-cosmogonie-nordique/

Odin, Vili et Ve
Le fait que les trois frères forment le premier moi peut être déduit par une analyse de l’identité de chacun. Les trois ensemble représentent une articulation des différents aspects de l’individualité humaine.
Le nom d’Odin est dérivé d’odhr qui désigne un état de conscience extatique. Le mot grec ekstatis signifie littéralement « se trouver en-dehors », et un état extatique est un état par lequel nous sommes transportés en-dehors de nous-mêmes, par lequel nous devenons plus que ce que nous sommes. Dans les discussions sur la culture et le mythe germaniques, odhr est parfois appelé wut ou wodh, exactement pour les mêmes raisons linguistiques que Odin se rencontre aussi sous les noms de Wuotan et de Woden ou Wodhanaz.
L’odhr survient sous trois formes, correspondant aux trois « fonctions » duméziliennes.  L’odhr peut se manifester dans l’extase religieuse, le sentiment d’être transporté hors de soi-même et dirigé vers le numineux. L’odhr se manifeste aussi dans la fureur du guerrier ou berseker, une rage ou une frénésie guerrière dans laquelle on peut se perdre. Finalement, l’odhr peut se manifester dans une forme de « troisième fonction », comme le transport extatique parfois ressenti dans le travail manuel, les festivals agricoles, les rites de fertilité, et les rapports sexuels. Ces formes d’odhr existent, bien sûr, dans une hiérarchie, le plan le plus élevé et le plus pur étant l’odhr religieux.
Vili veut dire volonté, qui est la capacité de l’homme à modifier les données d’après ses buts et ses idéaux ; sa capacité à s’imposer au monde. Seuls les êtres humains ont cette volonté.

Vé signifie quelque chose comme « sacré » ou « saint ». C’est le troisième aspect de l’esprit humain qui le rend particulièrement humain. Vé représente l’ouverture des êtres humains envers le transcendant, ou l’Absolument Autre[5]. Seuls les êtres humains possèdent cette ouverture, et le sentiment d’une division entre la nature et l’existence humaine – une division entre idéal et nature, Dieu et homme, sacré et profane, etc.

Ces trois moments de l’esprit humain sont liés l’un à l’autre. L’ouverture divine, le sens du Sacré fourni par Vé est nécessaire avant que les formes supérieures de l’odhr puissent être connues. C’est aussi par l’odhr que nous prenons souvent conscience de notre capacité d’ouverture au divin. Sans l’ouverture au divin, l’odhr deviendrait une frénésie d’annihilation insensée, ou une pulsion de sensualisme insouciant. La volonté est l’imposition de nos idéaux ou de nos plans à la nature. Cependant, sans l’ouverture au transcendant, à un ordre éternel, la volonté deviendrait une affaire purement personnelle, et potentiellement destructive. Il est difficile de voir que l’ouverture au transcendant a besoin d’être « modérée » d’une façon ou d’une autre, par l’odhr ou par la volonté, et ainsi le trio Odin-Vili-Vé émerge comme à peu près analogue à la triade platonique Esprit-Désir-Raison, où la Raison « mesure » ou ordonne les deux autres.

Odin-Vili-Vé est une entité ontologiquement distincte des hommes, mais qui constitue les caractéristiques qui font de nous des humains. Comme je l’ai dit, le mythe nous dit que ces caractéristiques se trouvent en-dehors de nous comme quelque chose que nous devons tenter de réaliser. La tentation, cependant, est de conclure que nous sommes Odin-Vili-Vé ; que nous et les dieux ne faisons qu’un ; que l’homme est Dieu. Cette conclusion a été irrésistible pour beaucoup. Elle se manifeste dans l’identification de l’Atman et du Brahman dans le Vedanta. Parmi les peuples germaniques, elle se manifeste chez des mystiques comme Eckhard et des philosophes comme Hegel. Mais cette interprétation annule la séparation entre humain et divin (ou Sacré) représentée par Vé, et annule ainsi l’ouverture au transcendant, qui est l’essence de la religion. C’est en fait un humanisme radical (les résultats pratiques et tangibles de cet humanisme sur la vie des Indiens se passent de commentaires). Le résultat ultime de la version allemande de cet humanisme fut la philosophie de Karl Marx, l’adepte de Hegel, qui rejeta complètement le divin et qui, essentiellement, fit de l’homme un dieu.

SITE http://croyance-nordique.cultureforum.net/t237-metier-de-seidr

Les anciens païens nordiques ne considéraient pas que l’âme était dissociée du corps, ils croyaient au contraire qu’elle y était rattachée et qu’elle se composait de plusieurs parties, toutes possédant des fonctions différentes. Les recherches démontrent que l’âme peut être décomposée en ces différentes parties :
1. Lyke ou le corps physique
2. Ham ou le corps astral
3. Mind ou la conscience
4. Önd ou l’esprit (souffle de vie)
5. Goði ou le soi élevé
6. Öðr ou la conscience divine
À ces différentes composantes, on peut ajouter différentes entités spirituelles, telle le hugr, l’hamingja et la fylgja. Ces différentes composantes seront également expliquées au cours du texte, juxtaposées aux corps correspondants.
C’est donc Loder qui gère le corps physique, ces dons composant l’enveloppe charnelle qui nous accompagne de notre naissance à notre mort.
Dans la tradition nordique, les trois dieux primordiaux, Odin, Vili (ou Hoenir) et Vê (nommé aussi Loder) créèrent le premier homme, Ask, et la première femme, Embla, à partir de deux troncs d'arbres. Odin leur offre le souffle (önd), considéré par plusieurs croyances comme étant l’esprit ou l'âme ; Hoenir leur offre les cinq sens, l’expression et la parole (oðr) ; et enfin, Loder les gratifie de l’intelligence, du cœur, des sentiments, de l’apparence, du mouvement et de la santé.
1. Lyke, corps physique
2. Ham ou le corps astral
Le terme norrois ham peut se traduire par « forme » ou « peau ». Ce corps astral est illustré dans la littérature nordique par des praticiens du Seidr qui se transforment en un animal pour entreprendre un voyage astral, concept généralement associé au « shapeshifting » (métamorphose ou changement de corps) chamaniste. Ces métamorphoses en un animal sont récurrentes au sein de la littérature nordique et les animaux cités sont l’ours, le loup, le signe, le faucon, le phoque et bien d’autres.
Au concept du ham, on associe l’entité spirituelle de l’hamingja, guide spirituel apparaissant sous les traits d'un animal.
On peut donc voir que les définitions de l’ham et de l’hamingja sont presque identiques et peuvent être confuses pour le néophyte.
Pour simplifier ces notions, on peut dire que :
- l’ham est la métamorphose utilisée pour effectuer un voyage astral
- l’hamingja est un guide spirituel à forme animale qui protège l’ham
3. Mind ou la conscience
Le mind est l’aspect de notre psyché dont nous sommes le plus conscients, c’est ce que l’on peut associer au «je». Un dysfonctionnement de cette conscience résulte en ce que nous connaissons par le terme « troubles de personnalité
La plupart des croyances païennes croient que cette conscience (notre personnalité) survit à la mort du corps physique. Certaines preuves sont apportées par les médiums qui contactent des morts et affirment qu’ils gardent leurs traits de caractère et connaissances qu’eux seuls possédaient lors de leur vivant.
Une hypothèse veut que notre personnalité s’inscrive sur le plan astral tel une empreinte digitale. Cette empreinte peut être accessible et lorsque l’énergie est dirigée vers elle, elle peut devenir une entité active. Cela pourrait expliquer pourquoi certains esprits ancestraux deviennent des demi-dieux.
Le mind est le plus souvent divisé en deux parties qui sont définies différemment selon les écoles de pensées et les cultures. Les Nordiques ont représenté ces deux parties par les deux corbeaux qui accompagnent Odin (Huginn et Muninn). La science qualifie ces deux parties comme étant la partie droite et la partie gauche de notre cerveau.
Peu importe la version choisie, elles s’entendent généralement toutes pour dire qu’une partie gère le huginn (la pensée) et que la seconde gère le muninn (la mémoire).
Muninn se traduit littéralement par mémoire ; c’est l'hémisphère droit de notre cerveau, celle qui gère les fonctions inconscientes. On lui associe les esprits ancestraux, qui dans la mythologie nordique, apparaissent sous les traits féminins des Disir (entités spirituelles maternelles qui assurent fertilité, protection, conseil et assistance). Comme tous les guides spirituels qui accompagnent chacun de nous (hamingja, fylgja, etc.), la Dis nous est attachée par notre famille et notre lignage, ce qui nous explique pourquoi on l’associe à notre muninn – mémoire inconsciente. Les Disir sont les gardiennes de l’inconscient collectif (mémoires culturelles qui sont l’équivalent spirituel du matériel génétique) ; elles sont celles à invoquer pour retrouver toute mémoire enfouie, qu’elle soit personnelle ou héritée d’une vie passée.
L'hémisphère gauche de notre cerveau se nomme huginn, ce qui traduit par pensée, on lui attribue logiquement l’intellect. La fylgja est le guide spirituel que l’on attribue à l’huginn : il s’agit d’une entité qui suit toute personne, prenant soit l’apparence d’un animal, d’une personne du sexe opposé ou une forme abstraite. Son rôle est similaire à celui de l’ange gardien, elle est là pour aider et soutenir.
Mind (Huginn et Muninn), Disir et Fylgja :
- la fylgja est un guide spirituel à forme humaine ou abstraite (parfois animale) veillant sur l’huginn
- la Dis est une entité spirituelle féminine et à caractère maternel veillant sur le Muninn
4. Önd ou l’esprit (souffle de vie)
L’önd, que l’on traduit par souffle, est le don qu’offre Odin à Ask et Embla et à l’humanité. Ce souffle est une métaphore de l’esprit. (l'état d'esprit change avec le souffle! remarque perso)
Le souffle est donc l’acte qui anime notre corps, le pouvoir invisible et transformateur qui symbolise la transition entre deux états d’esprit, le lien entre les mondes physiques et spirituels.
Odin est donc bien évidemment le guide spirituel qui gère l’önd.
Puisqu’il tient un rôle majeur dans la transformation chimique du corps, il est l’équivalent du feu, aussi peut-on croire qu’à son expulsion du corps il retourne à son élément.
5. Goði ou le soi élevé
Si nous ne sommes pas ce corps ou cette personnalité (mind), que sommes-nous donc ? Qu’est-ce qui voyage d’une incarnation à une autre, qui existe entre elles et que nous aspirons à devenir ?
Le goði ou le soi élevé est la partie de nous que nous appelons « le divin en nous », c’est ce que nous expérimentons lorsque nous nous surpassons, lorsque nous fonctionnons à notre plus haut potentiel. Le goði est l’âme immortelle, le lien unissant nos personnalités fragmentées de leurs différentes incarnations.
D'ailleurs, goði ou gothi (gyðja ou gythia au féminin) est un terme utilisé jadis et toujours aujourd'hui pour désigner le prêtre ou prêtresse nordique qui dirige les célébrations, rituels et pratiques magiques. Le gothi ou la gythia tire son pouvoir magique des dieux eux-mêmes.
6. Öðr ou la conscience divine
Dans la littérature mystique, l'âme immortelle est décrite comme étant au-dessus du goði ou de la gyðja. Au sein de plusieurs traditions spirituelles sophistiquées, y compris les traditions polythéistes, cette âme immortelle est symbolisée par la « tête d'un dieu » qui n'est pas personnifiée, c'est-à-dire une divinité ultime qui ne peut pas être décrite, elle peut uniquement être expérimentée.
Lors d'une ultime union spirituelle, le mystique entre en contact avec cet aspect divin et perd toute conscience de soi lors de ce processus. Dans les traditions orientales, c'est avec cette divinité, qui doit être considérée comme un état et non comme un être, que s'unit une âme ayant dépassé le besoin d'incarnation. Pouvons-nous trouver des traces d'un tel concept dans la tradition nordique?
Nous avons déjà vu tout au long du texte que la création de l'humanité s'est opérée en trois étapes, chacune de ces étapes étant assurée par un des trois dieux-frères présents : Odin, Loder et Hoenir. Chacun de ces dieux-frères gère le corps ou l'âme correspondant à leur don.
Hoenir est le dieu-frère qui complète le trio de la création. Son don fut celui de la conscience, des cinq sens, l’expression et la parole, ce que l'on nomme öðr. La racine de ce mot découle du nom d'Odhinn (Odin) qui se traduit généralement par « extatique » et se rattache à un concept d'activité mentale.
Cette recherche étymologique faite par un érudit de l'Université de Californie démontre que la conscience n'était pas pour les anciens peuples germains un processus intellectuel mais bien une expérience extatique connective et créative. L'öðr est la capacité du psyché de l'homme de s'identifier à et de se perdre dans le Divin.
L' öðr, tout comme l'önd ne doit pas être considérée comme une « chose » mais plutôt comme un processus dynamique. L'action de respirer anime le corps et relie les éléments physiques et spirituels en un seul être.
L'öðr, contrairement à l'önd ne peut être reconnu que par très peu de gens même s'il s'agit d'une capacité humaine innée et d'un don que chacun de nous avons reçu du Divin.
Hoenir, le dieu qui a offert l'ödhr à l'humanité, est évidemment le guide spirituel associée à cette conscience divine. Hoenir est une figure mystérieuse de la mythologie nordique où dans les Edda, il apparaît sous les traits du deuxième frère d'Odin nommé Vili, c'est-à-dire volonté.
Dans la guerre entre Vanes et Ases, Hoenir accompagné de Mimir garde le silence, Furieux, les Vanes coupent la tête de Mimir et la renvoie aux Ases... Au lieu de concevoir Hoenir comme un dieu stupide, caractérisons-le comme une force si abstraite à l'homme qu'elle ne peut se manifester dans notre monde qu'avec le pouvoir de la mémoire (Mimir). Le silence d'Hoenir ne résulterait donc pas en un manque d'intelligence mais en la difficulté de traduire sa connaissance, sa sagesse et son expérience en un langage compréhensible dans notre monde.

 

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Runelore de Thorsson

Le lore de l'âme -psycho-logie- est un aspect complexe, mais fondamental, des études runiques (ésotériques). Les anciens peuples germaniques possédaient un lore de l'âme aussi compliqué et précis que n'importe quel autre peuple de l'Histoire et de loin plus complexe que ceux que nous trouvons communément aujourd'hui.

À côté des "âmes", une autre idée domine la pensée germanique : celle du "destin" - le Wyrd. Il ne peut être pleinement compris indépendamment du lore des âmes, et il aide à expliquer exactement comment ces âmes interviennent en nous.

Comme les Nordiques furent les derniers des peuples germaniques à être "convertis" au christianisme et parce qu'en Islande la première phase de la conversion fut d'une nature tolérante, la langue et le lore norrois préservèrent intacte la plus grande part de la psychologie runique. L'analyse suivante est fondée sur ce lore.
Cependant, il apparaît plus que probable que tous les autres peuples germaniques - anglo-saxons (anglais), Germains, Goths, etc. - possédaient des systèmes équivalents.
Neufs constructions psychologiques (chacune plus ou moins complexe) vont constituer l'"homme intégral". :
1.  corps (VN, lik) : Le véhicule physique est formé de plusieurs éléments. Le corps lui-même (VN lik) est un ensemble de différentes substances (VN efni) comme l' "apparence" (un terme vieux norrois spécifique la qui peut faire référence à la chevelure ; mais aussi le VN sjon, voir hamingja ci-dessous), le mouvement (VN lœti), la santé et le beau teint (VN litr). Ce sont les dons originels faits par le dieu Lodhurr (Edda de Snorri chap. 9 et Völuspa 18). Les "substances" du corps sont des ouvertures vers d'autres aspects de soi. Et elles sont les ultimes réceptacles du travail magique. Ainsi, certaines substances subtiles du corps deviennent des points de convergence pro le développement de soi ou de la personne en pleine conscience, attentive à tous ses aspects dans un état de dépassement.


2. La "substance-forme" (VN hamr, qui désigne la membrane placentaire enveloppant et épousant la forme du foetus, voir Régis Boyer, Le monde du Double) est intimement liée au "corps". Elle donne à la structure plastique, ou à la matrice subtile, une réalité physique. Cependant, elle peut-être amenée sous le contrôle de la volontés (dans l'esprit : VN hugr) et permet à des formes d'abord subtiles, puis plus substantielles, de se modeler en accord avec la volonté. C'est le pouvoir de l'imagination. Prise dans sa forme extrême, elle peut provoquer des "matérialisations" d'êtres imaginaires (naturels ou non-naturels) dans lesquels la conscience peut être projetée. La littérature vielle norrois est remplie de telles descriptions. Plus caractéristiquement, le vitki repose à un endroit comme s'il était endormi ou mort, et dans un autre lieu, il peut matérialiser une forme animale dans laquelle il pourra combattre ou traquer son ennemi. Si cette forme est blessée, le vitki recevra également la blessure.


3. La faculté d'extase (VN odhr, littéralement fureur, fureur sacrée (la furore des Latins). C'est dans cet état d'odhr que combattaient les berserkir, les guerriers-ours odiniues. De même qu'odhr est lié à Odhinn chez les Nordiques, les Germaniques ont le terme équivalent Wut, lié à Wotan) est le don du dieu Hœnir. C'est autant une expérience, un état d'esprit, que toute autre chose. C'est la faculté -expérimentée émotionellement,  presque physiquement - d'élévation et de sortie de son état normal de conscience vers un niveau d'énergie et d'enthousiasme élevé. Odhr est la même racine présente dans le nom Odh-inn, et c'est par son pouvoir que la force magique est manipulée. Elle est l'agent actif dirigé par la volonté. C'est le pouvoir sur lequel Odhinn gouverne.


4. Le souffle vital (VN önd), don d'Odhinn est intimement lié à la faculté extatique (Il faut se souvenir que la triade Odhinn-Hœnir-Lodhurr représente en fait une triple forme d'Odhninn). Le önd est l' "étincelle divine", l'énergie potentielle omniprésentente sur laquelle toute vie est basée et qui est le fondement de tout travail runique. Ce concept est semblable au prana indien, et le mot lui-même est relié au sanskrit atman (esprit, soi). C'est le pont vers de plus hauts niveaux d'existence.


5. L'"esprit" (VN hugr) est en vérité une entité complexe. Elle est, en fait, constituée de trois facultés : 1) volition, 2) perception et 3) cognition. C'est le siège de la volonté, et en tant que tel, il a le pouvoir d'assimiler en lui-même d'autres aspects du complaise psychopsychique. C'est pourquoi le terme hugr est souvent utilisé dans la littérature vielle norrois, quand d'autres auraient pu être attendus. Il paraît "prendre la relève" des personnalités de runistres avancés parce que leur évolution vient de plus en plus sous un contrôle conscient. Par cette faculté, les personnes mènent une pensée analytique consciente. Il est synonyme des fonctions du cerveau gauche -plus d'informations sur hamr, hugr et fylgja dans Régis Boyer, le Monde du Double, Claude Lecouteux, Fantômes et revenants au Moyen Âge, Les nains et les elfes au Moyen Âge, Fées, sorcières et loups-garous au Moyen Âge.-


6. La "mémoire" (VN minni) est étroitement liée à la "pensée". Ce sont les deux aspects psychiques représentés par les corbeaux d'Odhinn : Huginn et Muninn (Pensée et Mémoire). Cette faculté est bien la mémoire, e qui signifie beaucoup plus que ce que nous associons communément à ce terme. Cela dépasse le simple rappel d'évènements passés ; c'est l'entrepôt de tous les mystères, le grand stock de runes. C'est pourquoi, dans le Grimnismal (stance 20), Odhinn dit des valeurs respectives d'Huginn et Muninn :

"Huginn et Muninn
Volent chaque jour
Au-dessus du sol immense ; 
Je m'inquiète que Huginn 
Ne revienne pas
Pourtant c'est pour Muninn que je suis le plus anxieux."
La coordination des facultés de la pensée et de la mémoire donne l' "intelligence". La pensée procède des stimuli externes (incluant ceux reçu de la mémoire), alors que la mémoire (minni) se réfléchit sur son propre matériel infini. Minni est analogue aux fonctions du cerveau droit.
7. L'"âme" (VN sal) n'entre généralement en action qu'après la mort. C'est l'ombre -un corps subtil dans lequel les aspects psychiques (ou certains d'entre eux) sont concentrés après la mort des aspects physiques. Dans la vie, c'est la part de la psyché qui enregistre passivement les actions de quelqu'un et reste l'espace négatif dans lequel ce quelqu'un évolue. Ce terme est analogue au concept jungien d'"ombre" des aspects non-manifestés de la psyché, abordés dans la section suivante.

8. Le "double" (VN fylgia) est à bien des égards le côté lumineux de l'ombre. Chez l'homme, le double est considéré comme une femme, et chez la femme comme un homme. En réalité, nous possédons trois doubles, ou "esprits accompagnateurs" : un double à forme humaine, un double à forme animale et un double à forme géométrique. Chaque image a sa propre fonction. Celui à forme humaine est attaché pour la durée de vie et peut-être transmis de génération en génération, tant par la voie génétique qu'en fonction d'une projection voulue. Le double à forme anime adopte généralement un aspect correspondant au caractère de la personne à laquelle il est attaché - un loup, un aigle, un cheval, un renard, une souris, etc. Il peut être du vitki en tant qu'acte magique. Le vitki peut aussi projeter sa volonté consciente dans le double afin d'entreprendre des travaux magiques. Une forme géométrique est souvent perçue, par ceux qui ont une "seconde vue", avançant devant des personnes de grand pouvoir. La fylgja est le dépositaire de toutes les actions des personnes auxquelles l'entité était précédemment attachée. Elle peut être la source d'une grande puissance, mais aussi de responsabilités terribles et même de souffrances. Cette entité est le domaine de l'Orlög -il peut protéger et il peut condamner. Le double est fermement relié -et parfois identique- aux entités valkyrja et dis.


9. La "chance" (VN hamingja) d'une personne est extrêmement complexe et de bien des manières intimement liée au double. La hamingja, qui dérive linguistiquement de hamr (c'est à dire hamgengja, celui qui peut circuler dans une autre forme) est essentiellement un concept de pouvoir analogue au concept de mana polynésien, à l'Orenda iroquois, etc. Il recouvre aussi des symboles anthropomorphiques et est conçu comme 1) la "chance" (pouvoir personnel), 2) l'esprit gardien (symboliquement dérivé de cette chance), et 3) la capacité à se métamorphoser (ce qui est son sens originel). Une grande variété d'actions consciemment voulues développent ce pouvoir magique. Il peut être transféré d'une personne à une autre (bien que ses effets soient seulement temporaires à moins qu'il ne soit attaché au double-femme). La hamingja est la puissance collective et principale de l'individu. Il est nourri par et nourrit la double-femme avec du pouvoir, de telle manière que, au cours de la vie d'un homme, nous pouvons parler d'un complexe hamingja-fylgja qui oeuvrent en harmonie.


D'autres structures apparaissent dans la figure comme l'ego, ou le concept du "Je", et l'"ego" magique (ou persona). Le "Je" (VN ek) est lié, ou identique, aux nom ou noms de l'individu. Sur le chemin odinique, le runiste -en développant des liens plus forts avec le double et renforçant les pouvoirs des autres aspects psychiques- crée des concept de "Je" magique alliés au double. Ces personæ magiques peuvent être assez nombreuses, mais chacune intègre une partie du complexe psychophysique total ; chacune est une entité hyper-consciente. Enfin c'est à travers ces concepts que l'essence de l'Odinisme doit être comprise. Ils livrent aussi une clé pour comprendre la mythologie héroïque germanique, et chacune des runes communique avec au moins un aspect de ce domaine.

Psychologie Runique et Jungienne

Jung

La seule structure psychologique théorique moderne, suffisamment proche pour cerner la puissance du lore pratique de l'âme chez les anciens Germains, est celle que développa le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. La psychologie de Jung fut déjà le sujet de recherches "occultes", mais le système germanique semble exceptionnellement bien adapté à sa structure, parce qu'il est particulièrement compréhensible en termes jungiens. Jung lui-même consacra quelques développements à l'archétype Wotan dans un article où il comparait l'archétype à demi-oublié à un lit de rivière à sec qui attendrait seulement la libération des eaux vitales pour le renouveler, selon ses vieux modèles. Il en va de même avec les concepts de l'âme. Culturellement, notre âme s'est appauvrie -coupée des idées ancestrales qui y étaient relatives - et on ne nous a donné en remplacement que des doctrines floues, souvent contradictoires.

Le schème psychologique de Jung est caractérisé par certaines structures, comme le schéma nous le montre. Il y manque, bien sûr, les fonctions ouvertement magiques (pratiques) de l'hamingja-fylgja, mais leurs reflets se retrouvent dans le processus des "noces alchimiques" entre l'animus et l'anima (les pôles masculin et féminin de l'âme). C'est dans ce processus commun d'union entre aspects de l'âme de sexes opposés que les deux systèmes se ressemblent le plus à un niveau pratique. Ainsi, les techniques jungiennes conçues pour activer la "fonction transcendante" sont utiles dans toute tentative pour accéder à la double-femme ou double d'aujourd'hui.
De plus l'ombre de Jung a une forte ressemblance avec la fonction "ombre" de l'âme (sal, voir plus haut). Même les dieux ont leurs ombres ; ce que Loki est à Odhinn par exemple. Le trait le plus éminent de la psychologie jungienne est peut-être la structure de l'inconscient collectif. Aucune autre théorie moderne ne permet autant -en y ajoutant peut-être les principes concernant le cerveau bihémisphérique- de définir la vraie nature de la minni et les mystères rapportés par le corbeau Muninn.


La vita Nova
Attention, thèses chrétiennes, ici juste pour information.

L'homme n'est pas qu'un corps physique ainsi que l'anthropologie à un seul élément des philosophes matérialistes voudrait nous le faire croire. La tradition platonicienne en compte trois : corps / soma, âme / psyché , esprit / noùs. Si le schéma de base est bon, il convient de le multiplier à nouveau par trois, pour rendre compte de l'homme complet ou Anthropos, lequel doit enfin être inclu dans un dixième élément supérieur, parce-qu'incréé : celui de l'Amour divin.
Vous trouverez ci-dessous quatre croquis qui tentent de faire coïncider des éléments issus de la tradition chamanique d'origine nordique-hyperboréenne, et d'autres venus d'Orient, sans doute à cause du contact réalisé par l'Ordre du Temple avec la tradition judéo-arabe au XII e siècle. Celle-ci s'est combinée avec les doctrines occidentales pour former notre ésotérisme, dont l'un des sommets est l'oeuvre du troubadour Dante Alighieri (début du XIVe siècle).
Je renvoie le lecteur curieux au livre de Mirko Mangolini, Dante et la quête de l'âme, Paris, 1999.
Ce petit exercice n'a pas un caractère définitif. Nos connaissances en matière de psychologie sont après tout à l'état de balbutiement. Certains n'y verront qu'une fable poétique. D'autres pourront s'en servir utilement comme base de départ pour cartographier avec soin" l'homme intégral", l'anthropos symbolisé par le signe astrologique du Verseau.
Il est vraisemblable que ces connaissances furent acquises au cours d'expériences chamaniques. Les neuf éléments psychiques répondent aux neuf hvels (roues / chakras) et aux neuf mondes.
Edred Thorson (Runelore, p. 210-214) commente ainsi les neuf constructions psycho-physiques de l'"homme intégral", l'Anthropos selon l'Evangile de Marie-Madeleine.
Les mêmes notions sont retranscrites ainsi dans le fameux rectangle de Salomon, utilisé par Dante dans La Divine Comédie.
Les thèses sont, à mes yeux intéressantes, mais elles ne reflètent, je le précise, qu'une vision parmi d'autres, de la chose ; vision proche de la mienne en ce qu'il s'agit de Jung et Thorsson. Il convient de préciser l'exclusion de ce dernier de l'OR, pour appartenance au temple de Seth. Il fut accusé de vouloir "sataniser" l'odinisme, avec sa thèse de l'odianisme ('devenir Odin' ndlr).

 

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