Calendrier des Travaux et des Jours (selon Hésiode (700 avant J. C)…)
https://www.persee.fr/doc/palla_0031-0387_1982_num_29_1_1128
Au lever des Pléiades, filles d'Atlas, commencer la moisson,
Les labours à leur coucher.
Quand auront plongé les Pléiades, les Hyades et la force d'Orion,
Souviens-toi des labours dont voici la saison
Ainsi les deux moments importants de la vie paysanne sont marqués par le lever et le coucher des Pléiades. Il s'agit là bien entendu du lever et du coucher «héliaque», c'est à dire en fait d'un moyen empirique, fondé sur l'observation. De ces phénomènes, le plus spectaculaire est le lever apparent du matin, quand l'étoile est visible pour la première fois à l'horizon au levant, apparaissant un bref instant avant de disparaître dans les lueurs de l'aube. Les nuits suivantes, l'étoile peut être observée de plus en plus longtemps après son lever avant d'être occultée par la lumière du soleil. Le lever héliaque d'une étoile est un phénomène d'autant plus remarquable que, pour certaines étoiles, il succède à une période de complète occultation. C'est le cas pour les Pléiades :
Elles restent quarante jours et quarante nuits invisibles,
Mais, l'année poursuivant sa course, elles reparaissent
Quand on aiguise le fer
On avait remarqué la position particulière de ce groupe de sept étoiles, très proches de l'écliptique et qui pouvaient donc fournir un repère très commode pour situer la place du soleil dans son mouvement propre au cours de l'année. Les Pléiades, qui ont été par la suite incluses dans la constellation du Taureau, étaient situées à environ 30 degrés du point vernal sur l'écliptique héliaque apparent du matin plus d'un mois et demi après l'équinoxe.
D'après Hofmann, qui a calculé la date des levers et couchers héliaques des étoiles pour 430 avant J. C. et une latitude de 38 ° N, le lever héliaque du matin avait effectivement lieu le 19 mai.
Si elles avaient été sur l'écliptique, elles se seraient couchées en même temps que le soleil (coucher héliaque du soir) le jour où elles se seraient levées en même temps que lui (lever héliaque vrai du matin), et auraient donc fait leur coucher apparent du soir moins de quinze jours après l'équinoxe. D'après Hofmann, le coucher du soir avait lieu le 7 avril en 430 avant J. C. pour 38 ° N. Du coucher apparent du soir au lever apparent du matin, les Pléiades restaient totalement invisibles, soit pendant quarante jours, le temps qu'il fallait à la constellation pour s'échapper du crépuscule astronomique (quand le soleil reste à une distance au-dessous de l'horizon inférieure à 17° 30') tant le soir que le matin.
Le lever matinal des Pléiades donnait le signal de la moisson, un peu après la mi-mai. C'était le coucher matinal des mêmes Pléiades qui donnait le signal des labours et des semailles.
C'est Arcturus en revanche qui rythme le travail de la vigne. C’est l'étoile la plus brillante de la constellation du Bouvier et l'une des étoiles les plus brillantes du ciel, située à 30° au nord de l'équateur, non loin du colure des équinoxes. La position septentrionale d'Arcturus fait que cette étoile, sans être incluse dans la calotte circumpolaire, ne reste jamais totalement absente du ciel nocturne : son coucher du soir est en effet postérieur à son lever du matin.
Hésiode situe le lever d'Arcturus soixante jours après le solstice d'hiver :
Quand Zeus, après qu'a tourné le soleil, a parfait
Soixante jours d'hiver, l'étoile Arcturus quitte le cours sacré
De l'océan et monte radieuse du milieu des ténèbres, (v. 564-567)
C'est alors qu'il faut commencer à s'occuper de la vigne, le lever du soir d'Arcturus avait effectivement lieu le 25 février d'après les calculs d'Hofmann, 59 jours après le solstice d'après Eudoxe (400-355 av JC) : cette nuit-là, l'étoile, qui apparaissait sur l'horizon à la tombée de la nuit, était visible durant tout le temps qu'elle décrivait son cercle dans le ciel, du levant au couchant, et on la voyait se coucher bien avant l'aube.
Les vendanges, doivent se faire au lever du matin d'Arcturus,
Quand Orion et Sirius auront atteint le milieu du ciel
Et qu'Aurore aux doigts de rose pourra voir Arcturus (v. 609-610).
Le lever du matin d'Arcturus avait lieu, d'après Hofmann, le 20 septembre, le traité hippocratique du Régime rapproche, ou confond, le lever matinal avec l'équinoxe d'automne.
La troisième constellation qui joue un rôle dans le calendrier agricole d'Hésiode, c'est Orion, constellation de grande taille qui a la particularité d'être à l'équateur (qui coupe la figure du chasseur au niveau de la ceinture) ; tout entière située au sud du zodiaque, elle est à 30 degrés environ à l'ouest du colure des solstices (et grosso modo à 30 degrés également des Pléiades). Les levers ou couchers héliaques d'Orion sont assez difficiles à préciser du fait que la constellation est très étendue, occupe un vaste espace dans le ciel, et comprend des étoiles très éloignées les unes des autres qui ne font pas leurs levers et leurs couchers en même temps (Hipparque indique que la constellation d'Orion met deux heures environ à se lever, et autant à se coucher, pour une latitude de 36° N).
Le lever du matin de Bételgeuse (a Ori = l'épaule droite) avait lieu le 1er juillet, d'après Hofmann, celui de Rigel (0 Ori = le pied gauche), le 10 juillet ; et ces levers étaient d'autant plus remarquables que la constellation avait disparu totalement du ciel nocturne depuis deux mois (le coucher du soir de Bételgeuse avait lieu le 3 mai, celui de Rigel le 17 avril). Euctémon admet un intervalle d'une vingtaine de jours entre le moment où l'épaule d'Orion se lève (huit jours avant le solstice) et celui où Orion tout entier fait son lever du matin (treize jours après le solstice).
Pour Hésiode, le lever héliaque d'Orion donne le signal du battage du blé :
Ordonnez à vos esclaves de fouler en cercle le blé sacré de Démeter
Dès que paraît la Force dOrion, sur une aire ronde, éventée, (v. 597-599)
Quant au coucher du matin d'Orion, très proche de celui des Pléiades et des Hyades, il annonce lui aussi la saison des labours :
Quand auront plongé les Pléiades, les Hyades et la Force d'Orion,
Souviens-toi des labours dont voici la saison, (v. 614-617)
En effet, si le coucher du matin de Bételgeuse avait lieu le 25 novembre seulement, d'après Hofmann, celui de Rigel s'était fait le 8 novembre, le même jour que celui des Pléiades, tandis que les Hyades (qui font partie elles aussi de la constellation du Taureau) faisaient leur coucher du matin le 11 novembre.
Les trois constellations se présentent presque parallèlement sur l'horizon au couchant, alors qu'elles sont à des distances variées au levant, du moins pour l'horizon correspondant à 38° N de latitude.
Eudoxe de même situait le coucher du matin des Pléiades en même temps que le début de celui d'Orion, cinquante jours environ après l'équinoxe ; le coucher des Hyades avait lieu dix jours plus tard, et neuf jours plus tard Orion faisait en entier son coucher du matin. Aussi Hésiode pouvait-il parler avec juste raison du temps où :
Les Pléiades, fuyant devant la Force puissante d'Orion,
Tombent dans la mer embrumée.
Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel, fait partie de la constellation du Chien, qui escorte Orion le chasseur. L'étoile, invisible depuis le 3 mai, reparaissait le 28 juillet d'après Hofmann, faisant son lever du matin, et marquait l'époque des grosses chaleurs (Eudoxe situait le lever du matin de Sirius vingt-sept jours après le solstice d'été).
En fait, entre la fin juillet et la fin novembre, où Sirius fait son coucher du matin, le trajet nocturne de l'étoile grandit de nuit en nuit ; son trajet diurne au-dessus de l'horizon diminue. C'est donc probablement fin septembre qu'Hésiode évoque Sirius pour indiquer le moment favorable à la coupe du bois.
C'est d'ailleurs par rapport au solstice d'hiver qu'Hésiode date le lever héliaque du soir d'Arcturus, qui a lieu soixante jours après.
Le premier appel du coucou indique que le printemps est proche. Aristote note que le coucou «est visible du printemps au lever du Chien» (Chien = Canicula= Sirius).
L'hirondelle elle aussi est un signe avant-coureur du printemps. Elle apparaît soixante jours après le solstice d'hiver, quand Arcturus fait son lever du soir.
Les escargots, qui se cachent pendant l'hiver, sont en pleine activité au printemps.
Quand l'escargot monte de la terre à l'escalade des arbres,
Fuyant devant les Pléiades, il n'est plus temps de piocher les vignes.
Le lever des Pléiades, qui font «fuir» l'escargot, annonce en effet le temps de la moisson.
L'intention du poète est de montrer dans l'univers tout entier une loi commune. C'est que les Saisons, ou les Heures (le terme est le même en grec) sont, pour l'auteur de la Théogonie, filles de Zeus et de l'Equité ; elles se nomment Discipline, Justice et Paix la florissante. La connaissance du ciel étoilé et son observation, la connaissance et l'observation des signes fournis par les plantes et les animaux sont indispensables à qui veut faire chaque chose en son temps. Le calendrier agricole présenté par Hésiode dans son poème nous permet en tout cas de constater la précision des observations astronomiques dès la plus haute antiquité.
Les étoiles ou constellations mentionnées par Hésiode sont les mêmes (à l'Ourse près, qui, étant comprise dans les circumpolaires ne se lève ni ne se couche) que celles mentionnées par Homère, dans un autre contexte il est vrai. Sur le Boucher d'Achille, Héphaistos avait représenté, outre le soleil et la lune,
Les Pléiades, les Hyades, la Force d'Orion, l'Ourse - A laquelle on donne le nom de Chariot -
« Qui tourne sur place, observant Orion, et qui seule
Ne se baigne jamais dans les eaux d’Océan. (Iliade)
Selon le Traité hippocratique (De régime) v 400 av JC, l'année est divisée en quatre saisons :
L'hiver, du coucher des Pléiades à l'équinoxe
Le printemps, de l'équinoxe au lever des Pléiades,
L'été, du lever des Pléiades à celui d'Arcturus,
L'automne, du lever d'Arcturus au coucher des Pléiades.
A l'intérieur des saisons, chaque séquence de régime, qui coïncide en général avec une séquence astronomique, contient un nombre fixe de jours : les levers et couchers héliaques sont donc parfaitement datés par rapport aux solstices et aux équinoxes.
L'auteur du traité compte ainsi 44 jours du coucher des Pléiades au solstice d'hiver ; 59 jours du solstice d'hiver au lever (du soir) (60 jours chez Hésiode), où l'hirondelle apparaît ; 32 jours de là à l'équinoxe - ce qui porte à 91 jours l'intervalle entre solstice d'hiver et équinoxe de printemps. Puis c'est le lever des Pléiades, 48 jours après ; de là jusqu'au solstice, il s'écoulerait 41 jours, ce qui met l'intervalle équinoxe - solstice à 89 jours. Du solstice d'été au lever (du matin) d'Arcturus ou à l'équinoxe (sic), l'auteur du traité compte 93 jours, et 48 jours de là au coucher des Pléiades qui termine, ou commence, le cycle annuel.
Ainsi le calendrier contenu dans le traité hippocratique retient, de celui d'Hésiode, les indications les plus précises, celles concernant les Pléiades et Arcturus, une minuscule constellation et une étoile. Il ne fait aucune mention d'Orion, constellation trop large pour que son lever et son coucher puissent être datés avec précision. Dans son calendrier, Euctémon notait que l'épaule d'Orion (=Bételgeuse) se levait 21 jours avant qu'Orion se lève en entier. Eudoxe admettait un intervalle de 19 jours entre le moment où Orion commence à se lever et où il se lève en entier, et de même un intervalle de 19 jours entre le moment où il commence à se coucher et celui où il fait son coucher du matin, un mois avant le solstice d'hiver.
Note : Le crépuscule astronomique, le matin ou le soir, empêche la nuit d'être complète et les étoiles d'être visibles, tant que le soleil est à moins de 17°30' au-dessous de l'horizon. Pour qu'il y ait cette distance entre le soleil et l'horizon au moment où l'étoile s'y trouve, il faut que le soleil soit parvenu, sur son cercle propre, à une certaine distance du point de l'écliptique qui se lève ou se couche en même temps que cette étoile. Cette distance varie avec la position de l'écliptique (donc en fonction de l'étoile considérée) et avec l'angle formé par le plan de l'écliptique sur l'horizon (donc en fonction de la latitude).
En gros, on peut admettre que, le soleil parcourant environ 1 degré d'écliptique en un jour il faut un peu plus de 17 jours pour que sa distance à l'horizon, à la verticale, permette de voir l'étoile qui était sur l'horizon avec lui 17 jours plus tôt, ou qui le sera 17 jours plus tard. Tout calendrier fondé sur les levers et couchers héliaques n'est en tout cas valable que pour une latitude donnée.
https://icalendrier.fr/calendriers-saga/etudes-thematiques/calendrier-hesiode
Présentation sous forme de tableaux